Bataille de Mossoul : "Daech pratique la politique de la terre brûlée en minant ses positions abandonnées"

La bataille de Mossoul

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DÉCRYPTAGE - Dans la région de Mossoul comme ailleurs, les djihadistes du groupe Etat islamique ont mis en place d'innombrables bombes, mines et autres pièges dans les lieux qu'ils désertent face à l'avancée des forces irakiennes. Un défi considérable pour la reconstruction du pays, comme nous l'explique l'association Fraternité en Irak.

L'avertissement lancé ce jeudi par le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est clair : la bataille pour reprendre Mossoul à Daech pourrait durer "plusieurs semaines", voire "des mois". D’ici là, les nombreux villages aux alentours devraient avoir recouvré leur liberté. Mais le retour de leurs habitants attendra plus longtemps : les djihadistes ont systématiquement piégé les lieux. Avec une précision redoutable.


"Nous travaillons avec un village qui, avant l’arrivée de Daech, était occupé par 500 membres de la communauté kakaï (ndlr : une communauté minoritaire aux croyances syncrétiques). Nous avons repéré environ 1500 objets explosifs", nous explique un responsable de Fraternité en Irak. Cette association, créée en 2011 pour aider les minorités victimes de violences, est en première ligne sur cette facette méconnue du conflit. Et pourtant. Selon le quai d'Orsay, le niveau de "contamination" de l'Irak par les mines est le plus élevé au monde. Mossoul en est un parfait exemple : les forces de sécurité sur place craignent que les djihadistes, qui seraient entre 3.000 et 4.500 dans la ville selon des estimations américaines, n'aient recours à des attentats à la bombe, à des mines mais aussi à des incendies pour se maintenir le plus longtemps possible.


VIDÉO. Irak : la reprise de Mossoul ralentie par les mines 

JT13H - Irak : la reprise de Mossoul ralentie par les mines

"Ils ont des bombes que vous ne pouvez même pas voir. "

Depuis l’instauration de leur califat, les djihadistes ont en effet érigé les explosifs en instruments incontournables du conflit. Et ils en usent quotidiennement, disséminant leurs engins dans les moindres recoins. "Ils pratiquent la politique de la terre brûlée : dès qu’ils abandonnent une position, ils minent, piègent ou incendient", assure-t-on à Fraternité en Irak. Selon l’ONG, le groupe disposerait des moyens de ses ambitions : "La production de charges explosives est devenue quasi industrielle au fil des ans, en tout cas dans la région de Mossoul."


C’est là, dans la plaine de Ninive, que les minorités vivent un enfer. "Ils ont des bombes que vous ne pouvez même pas voir. Parfois, tu ouvres une porte et ça explose. Parfois, tu t'assieds sur un canapé et ça explose. Ils piègent même les frigos. Si tu l'ouvres, ça explose", a décrit un officier kude au quotidien libanais L'Orient-Le Jour. "Ce que nous retrouvons ? Il s’agit autant d’obus non explosés que d’engins explosifs improvisés (EEI) avec des modes opératoires très développés, témoigne notre responsable de Fraternité en Irak. Les djihadistes tchétchènes ont beaucoup aidé les techniciens de Daech à ce sujet. Sans parler des mines classiques de guerre".


Face à l’ampleur de la tâche, la France a décidé de consacrer 1,5 million d’euros – sur les 10 millions d’euros débloqués en 2016 après la conférence de Paris de septembre 2015 – pour soutenir le déminage en Irak. Le quai d'Orsay a ainsi décidé de travailler avec Fraternité en Irak pour financer et coordonner le travail d'une société qui, sur place, forme en trois mois des citoyens. "Le déminage est l’un des seuls leviers que l’on puisse actionner dès a présent afin de permettre à ces populations de retrouver une vie normale", nous assure Jean Vallette d’Osia, vice-président de l’ONG. Avant de conclure par un constat aussi simple qu'implacable : "Sans reconstruction il n’y aura pas de retour, et sans déminage il n’y a pas de reconstruction."

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