Bombardements en Syrie : pourquoi les hôpitaux sont-ils visés ?

Bombardements en Syrie : pourquoi les hôpitaux sont-ils visés ?

DECRYPTAGE - Onze personnes ont été tuées lundi lors de frappes de l'aviation, vraisemblablement russe, contre un hôpital soutenu par Médecins sans frontières (MSF), dans le nord de la Syrie. "Il s’agit de semer la terreur au sein de la population", nous explique Françoise Bouchet Saulnier, la directrice juridique de l’association.

Situé à 280 km au nord de Damas, l’hôpital de Maaret al-Noomane assurait l’accès aux soins aux quelque 40.000 personnes vivant dans cette zone de guerre. Il a suffit de quelques secondes lundi pour réduire en cendres le bâtiment, soutenu depuis plusieurs par Médecins sans frontières (MSF). Bilan : plusieurs morts et des dizaines de blessés dans une attaque qui, selon la diplomatie française, s’apparente à "des crimes de guerre".

Un sentiment partagé par Françoise Bouchet Saulnier, la directrice juridique de MSF . Reste à savoir sous quel blason flottait les avions qui, dans le ciel de Maaret al-Noomane, ont lâché 4 roquettes sur l’hôpital : celui de la Russie, qui soutient le régime de Damas, où celui de la coalition internationale ? Si elle préfère rester prudente, Françoise Bouchet Saulnier n’a guère de doute. "Les avions qui volent dans cette zone sont ceux de la coalition gouvernementale, donc russes. Mais nous demandons une enquête internationale pour éviter une guerre de propagande, où chaque camp se renvoie la balle. Car a l’arrivée, c’est la population qui se retrouve sous les décombres."

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"Semer la terreur au sein de la population"

Les Syriens sont en effet les premières victimes de ces attaques qui, au fil des mois, se succèdent. Depuis le début du conflit en Syrie en 2011 jusqu'à novembre 2015, l'ONG américaine Physicians for Human Rights a ainsi comptabilisé 336 attaques sur des établissements médicaux, à 90% attribuées à la Syrie et ses alliés, et la mort de 697 personnels de santé. Un décompte macabre en recrudescence : pour la seule journée de lundi, des tirs de missiles ont "tué près de cinquante civils dont des enfants et fait de nombreux blessés" dans "au moins" cinq établissements médicaux et deux écoles à Alep et Idlib (nord de la Syrie), selon l'ONU.

Du côté de MSF, qui soutient 150 structures en Syrie, cinq hôpitaux soutenus par l’organisation ont déjà été bombardés depuis le début de l’année, tuant 14 membres du personnel. L’objectif serait double, estime la directrice juridique de l’organisation : "Il s’agit de semer la terreur au sein de la population. Mais aussi de faire passer un message : si vous participez, vous mourrez, car tous ceux qui seront blessés n’auront pas accès à des soins." Ce schéma se répèterait d’ailleurs depuis le début de la guerre syrienne, les hôpitaux réceptionnant des blessés étant régulièrement ciblé dans l’heure qui suit par une seconde salve."

Plus de 250.000 morts depuis le début du conflit

Pour justifier l’injustifiable, les pays à la manœuvre dans le ciel avance la plupart du temps trois explications. Une frappe sur un hôpital résulte soit d’une erreur, soit d’un dommage collatéral. Sinon, l’acte serait délibéré puisque l’enceinte abriterait – selon les autorités ayant donné leur feu vert au bombardement - une base arrière pour des forces armées. "Tous les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU bombardent des hôpitaux dans les pays où ils interviennent dans le cadre de coalitions armées", constate, amère, Françoise Bouchet Saulnier.

A l’heure où le ciel syrien est plus que jamais encombré, l’hypothèse d’une zone d’exclusion aérienne revient sur la table. Réclamée depuis longtemps par la Turquie, l’Allemagne se montre désormais favorable. Problème : l'administration américaine se montre divisée sur la question. Et la Russie y est pour sa part fermement opposée, au nom du respect de la souveraineté territoriale. Le temps politique n’est pas celui de la guerre. Même après cinq ans d'un conflit qui a déjà fait plus de 250.000 morts.

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