Brésil : vers une décriminalisation de l'avortement ?

Brésil : vers une décriminalisation de l'avortement ?

IVG - La Cour suprême brésilienne (STF) a estimé dans un arrêt rendu cette semaine que le fait d'avorter lors du premier trimestre de la grossesse n'était pas un crime. Une décision qui pourrait faire jurisprudence et bouleverser la vie des femmes brésiliennes .

Entre 850.000 et 1 million de femmes se feraient avorter clandestinement chaque année au Brésil. Tous les deux jours, près d'une femme sur deux mourrait des conséquences de ces IVG clandestines, qui constituent la cinquième cause de mortalité maternelle. Des chiffres glaçants dans un pays de 206 millions d'habitants. Mais une décision de la Cour Constitutionnelle suprême brésilienne (STF), rendue mardi 29 novembre, pourrait révolutionner la vie des Brésiliennes. Selon celle-ci en effet, "il serait "anticonstitutionnel" de criminaliser un avortement volontaire si celui-ci a eu lieu lors du premier trimestre de la grossesse. 


Avec cet arrêt, la Cour suprême a annulé la peine de prison infligée à des employés d'une clinique de Rio, accusés d'avoir procédé à un avortement clandestin en 2013. Au Brésil, depuis 1984, l'avortement est inscrit comme "crime contre la vie humaine" dans le code pénal. L'IVG y est passible de 1 à 3 ans de prison ferme, et elle ne peut a priori être autorisé que dans trois situation s: si le fœtus est acéphale (c'est-à-dire sans cerveau), si la vie de la future mère est menacée, ou si la grossesse est consécutive à un viol. 

Une violation des droits fondamentaux des femmes

Pour la Cour suprême, la criminalisation de l'avortement, qui va contre "l'intégrité physique et psychique des femmes enceintes", "viole divers droits fondamentaux des femmes". Elle est "incompatible avec les droits sexuels et le droit à la reproduction des femmes, qui ne peuvent être contraintes par l'Etat de poursuivre une grossesse non désirée", et elle va à l'encontre de leur autonomie : les Brésiliennes doivent selon les hauts magistrats "conserver le droit de prendre les décisions existentielles les concernant". 


"Pratiquement aucun pays démocratique et développé ne considère un avortement au cours du premier trimestre de la grossesse comme un crime", a insisté la plus haute juridiction, en prenant pour exemple les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Espagne.

Zika a rouvert le débat

La fin de la criminalisation de l'avortement dans le premier pays catholique du monde est demandée depuis longtemps par les mouvements féministes brésiliens. Et l'arrivée en 2015 de Zika, qui s'est propagé dans plus d'une vingtaine de pays sur le continent américain, a rouvert le débat. Une femme enceinte touchée par le virus pourrait en effet voir son fœtus atteint par la microcéphalie, une anomalie congénitale rare caractérisée par une tête anormalement petite et un développement cérébral déficient.

En février 2016, le Haut commissariat aux droits de l'Homme de l'Onu avait ainsi appelé les pays touchés par le virus à autoriser l'accès des femmes à la contraception et à l'avortement.  Pour Zeid Ra'ad Al Hussein, le Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, "les lois et les politiques qui restreignent l'accès à ces services doivent être révisées en urgence conformément aux obligations en matière de droits de l'homme, afin de garantir à tous le droit à la santé". 

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