Catalogne : une déclaration d'indépendance ce mardi ? Et après ?

DÉCRYPTAGE - Ce mardi à 18h, Carles Puigdemont, président de la Generalitat, le parlement de Catalogne, doit s'exprimer sur le futur de la communauté autonome. Déclarera-t-il l'indépendance ? Maintenant ? Plus tard ?

L’Espagne retient son souffle. Quelques jours après avoir organisé tant bien que mal un référendum d’autodétermination, donnant lieu a des affrontements parfois violents entre la police et les militants, le président du parlement catalan Carles Puigdemont va prononcer devant les députés locaux un discours très attendu pour l'avenir de la communauté autonome, mardi 10 octobre à partir de 18h. Parmi les options du président catalan, l'indépendance, prononcée de façon unilatérale. Une décision qui serait synonyme de coup de tonnerre pour tout le pays, qui entrerait alors dans une période d’incertitudes inédite depuis les derniers soubresauts du franquisme, il y a 40 ans. Explications et perspectives sur cette décision historique et lourde de conséquences. 

Que va-t-il se passer mardi ?

Les partis indépendantistes, majoritaires au parlement régional catalan, ont réclamé une séance plénière ce jour-là pour débattre des résultats du vote. Si cette réunion a été suspendue ce jeudi par la justice, les séparatistes souhaitent malgré tout que le président séparatiste de la Catalogne, Carles Puigdemont, vienne s'exprimer. Une prise de parole dont l’issue semble laisser peu de place au doute : Puigdemont ayant déjà assuré que son gouvernement s'apprêtait à passer à l'acte "à la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine". 


Une déclaration qui n’étonne pas non plus Jean-Jacques Kourliandsky. Auprès de LCI, le chercheur à l’IRIS sur les questions ibériques assure : "La déclaration d’indépendance est prévue dans le scénario des indépendantistes. Mais l’ordre du jour ne prévoit pas cette indépendance pour une raison simple : si elle figurait dans l’ordre du jour, cela serait inconstitutionnel. Dès lors, le gouvernement espagnol saisirait la Cour constitutionnelle, qui validerait l’inconstitutionnalité et la police judiciaire fermerait la porte du Parlement."

Quelles conséquences ?

Si le patron des séparatistes déclare l'indépendance, s'ouvrira alors une "période de transition".  Le gouvernement catalan n'a pas donné beaucoup de détails sur les moyens dont il dispose pour assurer les fonctions régaliennes d'un Etat : sécurité, contrôle des frontières et de l'espace aérien, finances, santé... Certes, il a un embryon de Trésor public… mais il est criblé de dettes. Et l'Etat espagnol peut lui couper les fonds et a un pouvoir de pression sur les fonctionnaires dont il verse les salaires. 


D'un point de vue politique, la situation deviendrait (encore plus) explosive. "Cela polariserait les positions des protagonistes, et conduirait le gouvernement à réagir comme l’a annoncé le roi, à prendre par exemple des mesures d’ordre policières", estime Jean-Jacques Kourliandsky.

L'article 155 de la Constitution, arme secrète du gouvernement ?

Depuis le début de la semaine, l'éventualité que le gouvernement utilise cet article revient en boucle dans les médias espagnols. Son principe : il permettrait au Premier ministre Mariano Rajoy de prendre le contrôle des institutions en Catalogne. Reste à convaincre le Parlement de donner son feu vert, tempère le chercheur à l'IRIS :  "Le parti populaire étant majoritaire au Sénat, il pourrait adopter le texte autorisant le recours à cet article qui prévoit de mettre à l’administration catalane sous l’autorité du pouvoir central. Mais il est minoritaire au Congrès des députés, donc on voit mal comment cela pourrait être adopté à l'unanimité. Il faudrait le soutien des centristes de Ciudadanos et des socialises. Ce qui est loin d’être acquis."


La manifestation monstre du dimanche 8 octobre, qui a réuni entre 350.000 et 950.000 personnes s'opposant à l'indépendance dans toute l'Espagne, et celle de la veille, où des Espagnols vêtus de blanc avaient appelés à restaurer le dialogue entre les eux parties, ainsi que les menaces à peine voilées d'avoir recours à cet article, pourraient-elles être de nature à faire fléchir Carles Puigdemont ?

Faut-il s'attendre à un durcissement du conflit ?

Les violences qui ont émaillé l'organisation du référendum dimanche ont laissé des traces au sein de la population. Mardi, 700.000 personnes ont manifesté dans les rues de Barcelone contre la violence policière. Madrid n'ayant pas la population de son côté, son hostilité pourrait donc encore monter en cas de suspension de l'autonomie régionale ou d'arrestation des dirigeants. 

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Catalogne : de violents affrontements entre police et manifestants

Les indépendantistes les plus radicaux pourraient aussi déclencher de véritables actions de résistance allant jusqu'au blocage des trains par exemple, inventant un nouveau conflit asymétrique au cœur de l'Europe. Pour Jean-Jacques Kourliandsky, "avec ce qui va se passer lundi, cela ne va pas calmer les esprits. Nous allons assister à des événements comparables à ceux du 1er octobre."

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Le référendum d'indépendance en Catalogne

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