"Ce qui se passe ici est horrible ! Venez nous aider !" : le SOS d'une volontaire dans un camp de réfugiés en Slovénie

"Ce qui se passe ici est horrible ! Venez nous aider !" : le SOS d'une volontaire dans un camp de réfugiés en Slovénie

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TEMOIGNAGE - Avec la crise migratoire, des milliers de réfugiés traversent les Balkans. En quand la Croatie a fermé sa frontière, les migrants sont restés bloqués en Slovénie, et se sont entassés dans un camp improvisé, à Brezice. A côtés des associations officielles, des volontaires arrivent, pour aider. L’une d’elle a poussé un cri d’alarme. Metronews a essayé d'en savoir plus.

Elle sanglote. La fatigue sans doute. Le désespoir surtout. Le SOS publié sur Soundclound le 22 octobre dernier paraît envoyé d’un autre monde. C’est presque le cas : il vient d'Aurelia Fischer, une jeune volontaire Suisse à Brezice, un camp installé à la frontière de la Croatie et la Slovénie, où plus de 10 000 réfugiés ont débarqué. La voix hachée, elle parle.

"Ici la situation est tellement grave, ça dépasse tout ce qu’on peut tout ce qu’on peut imaginer. Ce qui arrive maintenant, c’est des camps de concentration modernes, les gens sont empilés, ils ont dû marcher 20 km pour arriver là, il n’y a rien, ils dorment à côté de leurs excréments, n’ont pas de toilettes, pas d’eau, pas de nourriture, ça arrive par milliers", sanglote, sur la bande-son, la jeune fille . Elle continue de parler, comme pour se défouler, de "tous ces gens gentils qui ont tellement d’espoir", et qui sont "traités de façon tellement horrible". A la fin de son message, déjà écouté plus de 2 000 fois, Aurélie lance un appel, vibrant : "Nous sommes des centaines à venir aider. Mais on ne peut rien faire, tous seuls. On a besoin d’aide ! Il faut réveiller la communauté internationale, trouver un moyen de communiquer ce qu’il se passe à l’extérieur !"

"Si on ne fait rien il y aura bientôt 300 000 morts dans les champs, de faim et de froid"

Aurélia est à fleur de peau. Les mots sont forts, dérangent. Et interpellent : d’où vient cette jeune fille qui visiblement ne dépend d’aucune association officielle, qui va jusqu’à raconter que "les gens sont traités d’une horrible manière". Aurélia, une Suisse, a en fait débarqué dans le camp avec une amie volontaire, pour proposer son aide. Comme, visiblement, des dizaines d’autres. Et n’était peut-être pas préparée à ce qu’elle a vu. "Je comprends que ce témoignage dérange, mais c'est quelqu'un de très sérieux, qui a vécu des choses très dures", raconte à metronews Eliane Alvarez, fondatrice de l’ association suisse Human’s nation, qui a relayé son appel sur les réseaux et qui est en contact régulier avec elle. 

Human’s nation est elle-même une association très récente : elle s’est montée en septembre, en urgence, à l’initiative de trois jeunes femmes suisses. Presqu’un peu par hasard. "Quand on a vu l’ampleur de la crise des migrants, on a voulu récolter des aides", explique Eliane, chargée de communication à Lausanne. "On a mis deux annonces sur internet, pour de l’aide en vêtements ou matériel. Le lendemain, on avait reçu 300 mails. Le jour d’après, 1 000, et 3 000 le surlendemain. On a dû trouver des locaux, on a reçu entre 5 et 6 tonnes d’habits." Le 9 octobre dernier, quatre fourgons remplis partent en direction du camp de Slovénie. Aux dires de sa fondatrice, Human’s nation n’est qu’une parmi les nombreuses micro-structures qui se sont montées pour aider. "Il y a tout un réseau de mobilisation sur les réseaux sociaux, ça fourmille."

"Ici, on voit des femmes qui accouchent dans la boue"

Ils sont en Serbie, en Croatie, ou en République Tchèque. Ils sont traducteurs, avocats, infirmiers, sont prêts à aider avec les compétences qu'ils ont, et lancent leurs appels sur internet. "Des pages de coordinations de volontaires se sont montées , des groupes qui relaient les contacts dans les camps. C'est très organisé", explique Eliane. La grande force de ces particuliers, est l’extrême réactivité : "On n’a pas de chef, à la différence des organisations internationales très lourdes. S’il y a besoin d’un médecin, on lance un appel, on a une réponse dans la journée. On n'a pas à attendre 15 jours". 

Mais sur le terrain, forcément, ça peut coincer avec les ONG traditionnelles (Croix-Rouge ou Médecins sans frontières). "Clairement, il y a concurrence avec ces associations et la police présente sur les camps", déplore Eliane. "L’autre fois, quand on est arrivé avec des habits, la police nous a bloqués à l’entrée. Il a fallu négocier de longues heures pour travailler main dans la main. Pourtant, on est juste mus par la volonté de faire bouger les choses".

Mais la jeune femme comprend les réticences. "De tout temps, quand il y a eu des crises humanitaires, de nombreux volontaires sont venus et ça a pu être été nuisible : beaucoup sont parfois trop idéalistes, pas formés, ou pas prêts psychologiquement à ce qu’ils vont vivre. Ici, on voit des femmes qui accouchent dans la boue, des enfants en train de mourir de déshydratation. On ne peut pas débarquer comme ça. Il faut prévenir avant, savoir s’il y a des besoins, et où. C’est aussi à nous de faire passer ce message." Elle, en tout cas, en est sûre : "Là, l’urgence est unique. Il faut revoir tout le dispositif d’aide. Dans un mois, s’il n’y a pas de décision de prise, il y aura 300 000 morts dans les champs, de faim et de froid."

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