Climat : pourquoi le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sonne comme un coup de tonnerre pour la planète

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ÉCOLOGIE - Donald Trump a annoncé ce jeudi soir que les Etats-Unis sortaient de l'accord de Paris, ratifié par son prédécesseur Barack Obama. Le président américain n'a jamais caché sa volonté de faire passer la santé économique de son pays devant les questions climatiques. Mais ce retrait n'augure rien de bon pour la planète.

C'est un coup dur pour la lutte contre le réchauffement climatique. Donald Trump vient d'annoncer ce jeudi soir (21h40, heure française) que les Etats-Unis se retiraient de l'accord de Paris. Le président américain envisage toutefois d'en renégocier certains termes. Cet accord issu de la COP 21 reste toutefois valable pour les autres pays signataires. Mais les cartes de la gouvernance climatique pourraient être rebattues.

L'objectif des "2 degrés" encore plus difficile à atteindre

A leur niveau, lors de la COP 21 à l'issue de laquelle l'accord de Paris avait été adopté le 12 décembre 2015, les Etats-Unis alors dirigés par Barack Obama s'étaient fixé un objectif de réduction de 26% à 28% de leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2025, par rapport à 2005. Une façon de participer à l'effort que plus de 190 pays ont promis de mener conjointement pour maintenir le réchauffement "bien en-dessous de 2 degrés" par rapport au niveau pré-industriel d'ici à 2100 , et de "poursuivre l'action menée pour limiter la hausse des températures à 1,5 degré". Il est urgent de freiner ces émissions car selon les experts, l'activité industrielle emmènerait plutôt la planète vers une hausse de 3 degrés.


En retirant son pays de l'accord de Paris, Trump pourrait balayer du revers de la manche cet engagement. Ce qui ne serait pas anodin car les Etats-Unis (15% des émissions mondiales) sont le deuxième pays le plus pollueur de la planète, derrière la Chine (29%). L'actuel président a d'ailleurs signé dès mars 2017 un décret pour assouplir les objectifs de réduction des émissions de CO2 afin de mettre fin à ce qu'il appelle "la guerre contre le charbon". Ironique, quand on sait que l'accord de Paris préconisait que les pays développés "montrent la voie" en matière de réduction de gaz à effet de serre.

Une facture sans doute alourdie pour l'Europe

Sur le plan financier, le retrait des Etats-Unis pourrait alourdir la facture pour l'Union européenne et les autres pays leaders (hors la Russie, qui est le grand absent de l'accord de Paris) car ceux-ci se sont engagés à soutenir économiquement les pays en voie de développement. Une aide chiffrée par l'accord de Paris, qui prévoit qu'au minimum "les pays riches fournissent 100 milliards de dollars par an [89 milliards d'euros] à partir de 2020".


Le monde des affaires et la société civile américaine apportent cependant une lueur d'espoir. Une douzaine de grands groupes, parmi lesquels Google, Intel ou Microsoft, Nike, Starbucks ou encore le pétrolier ExxonMobil ou le géant de l'agrochimie DuPont se sont ouvertement déclarés en faveur de l'accord de Paris et ont pressé Donald Trump de ne pas en sortir.


La transition énergétique "est aussi populaire dans l'opinion publique américaine. Une étude récente du Pew Research Centre a montré que 83% des Américains sont favorables à l'expansion des parcs éoliens, alors que 89% d'entre eux soutiennent l'extension du solaire", souligne Mohamed Adow, responsable climat auprès de l'ONG Christian Aid, cité en novembre par nos confrères de La Tribune

Un rapprochement accéléré de l'Europe et de la Chine

Le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris est un mauvais signal. Car le pays de l'oncle Sam, qui s'était affirmé comme l'un des piliers, avec la Chine, de la réussite de la COP21, risque de s'exclure des discussions internationales sur le climat. Même si Donald Trump a malgré tout annoncé ce jeudi son intention de "renégocier pour atteindre un deal équitable. Si nous le pouvons, tant mieux, si nous n'y arrivons pas, tant pis."


Pékin pourrait alors gagner sa place de leader au côté de Bruxelles. Fin mars, le commissaire européen à l'énergie, Miguel Arias Cañete, misait déjà sur un rapprochement avec cet autre poids lourd de l'économie, affirmant que le leadership de "l'Union, de la Chine et d'autres économies majeures est désormais plus important que jamais".

L'Union européenne et la Chine ont d'ailleurs réaffirmé dès mercredi, la veille de l'annonce du retrait, par la voix d'un haut responsable européen souhaitant rester anonyme, leur intention de soutenir l'accord de Paris et de resserrer leurs liens. "Nous allons publier une déclaration commune sur le changement climatique, dans laquelle l'UE et la Chine, en tant que principaux émetteurs de Co2, vont affirmer qu'ils mettront en oeuvre l'accord", a précisé ce responsable devant des journalistes à Bruxelles.

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Accord adopté à la COP21 : quelles sont les mesures ?

Un à quatre ans pour s'extraire officiellement ou laisser pourrir

Légalement, avant de se retirer de l'accord de Paris, les Etats-Unis doivent attendre trois ans à compter de son entrée en vigueur (le 4 novembre 2016), puis respecter un préavis d'un an. Soit quatre ans. Mais une subtilité du texte précise qu'une partie (un pays) ayant dénoncé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques sera réputée avoir dénoncé également l'accord de Paris (adopté sous l'égide de l'ONU). Les Etats-Unis pourraient donc réduire ce délai à un an puisque cette convention date de 1994, à condition toutefois de s'en dégager aussi.

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Novembre 2015 - COP 21 : la Chine et les États-Unis ratifient l'accord

Donald Trump aurait aussi pu simplement laisser pourrir la situation sans officialiser son retrait car l'accord est dépourvu de caractère contraignant. Quoi qu'il en soit, l'annonce de ce retrait risque de ne pas inciter certains pays hésitants comme l'Inde, quatrième émetteur mondial de gaz à effet de serre, à se lancer dans la course à la réduction des émissions.

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