Corée du Nord : pourquoi le nouveau tir de missile permet au régime de franchir un palier

DÉCRYPTAGE – La Corée du Nord a répliqué ce vendredi au dernier train de sanctions de l'ONU en tirant un missile balistique au-dessus du Japon. Un essai effectué sur une distance semble-t-il inédite, permettant au régime d’accroître sa menace sur l'île américaine de Guam.

"Lancement de missile ! Un missile semble avoir été tiré depuis la Corée du Nord. Mettez-vous à l'abri dans un bâtiment ou un sous-sol". Les haut-parleurs de Cape Erimo, dans le sud d'Hokkaido, ont rugi ce vendredi matin. Un réveil brutal pour des millions de Japonais, confrontés à une nouvelle provocation du régime de Pyongyang. Un tir parmi tant d'autres ? Pas sûr, car il semblerait que Pyongyang soit parvenu à repousser les limites de son arsenal militaire.


Selon le Commandement de l'armée américaine dans le Pacifique, il s'agissait d'un missile à portée intermédiaire. Dans le détail, le missile a probablement parcouru 3.700 kilomètres, atteignant une altitude maximum de 770 km, avant de s'abîmer dans le Pacifique, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense. Une prouesse en la matière pour Pyongyang, explique à LCI Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et auteur de "Corée du Nord, plongée au coeur d'un Etat totalitaire" (ed. du Chêne) : "Il s'agit de la portée opérationnelle la plus longue de l'histoire du programme nord-coréen. Le message est clairement adressé aux Etats-Unis : 'Nous vous prouvons que nous avons les capacités opérationnelles de frapper Guam'."

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" Cet essai accroit la capacité de dissuasion de Pyongyang"

Véritable bastion américain au milieu du Pacifique, l'île de Guam est en effet le territoire des Etats-Unis le plus proche de la Corée du Nord. D'une superficie de 550 km2, il s'agit d'un territoire à l'avant-poste stratégique pour les forces américaines qui comptent environ 6000 soldats sur une base aérienne et une base navale. Un symbole pour le régime de Kim Jong-un. " Cet essai accroit la capacité de dissuasion de Pyongyang, abonde Antoine Bondaz. L'objectif est de faire comprendre aux Etats-Unis que désormais, la Corée du Nord a les capacités de frapper son territoire." 


Selon le chercheur, la nouvelle provocation est également un atout en faveur de Pyongyang dans le bras de fer qui l'oppose à Washington car cela pourrait "forcer les Etats-Unis à négocier. La prochaine étape sera de tester un missile intercontinental, dans des conditions opérationnelles." Pyongyang avait "Guam à l'esprit" ce vendredi, a jugé le ministre japonais de la Défense Itsunori Onodera. Ce dernier a relevé lui aussi que le missile avait une portée suffisante pour atteindre cette île située à 3400 km environ de la Corée du Nord. Le ministre en est convaincu : "Des actions similaires vont continuer".

C'est d'ailleurs ce que le régime nord-coréen a laissé sous-entendre, en réponse au huitième train de sanctions voté à l'unanimité par le conseil de sécurité des Nations unies lundi 11 septembre à New York. Des sanctions "maléfiques", selon Pyongyang, qui a promis d'accélérer ses programmes militaires interdits.

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