Dispositifs anti-SDF : de Londres à Paris, les villes redoublent d'imagination...

Dispositifs anti-SDF : de Londres à Paris, les villes redoublent d'imagination...

POLEMIQUE – Piques sur le sol, bancs inclinés, fausses plantes décoratives... Les villes multiplient les stratagèmes pour empêcher les sans-abris de s'asseoir ou se coucher. Un phénomène qui s'amplifie et qui confine parfois à l'absurde. A Londres, une installation de ce type, mise en place par un promoteur immobilier, a déclenché la polémique, obligeant le maire à intervenir.

On se souvient du répulsif à Argenteuil (Val-d'Oise), lorsqu'en 2008 le maire avait acheté des produits chimiques malodorants pour éloigner les SDF du centre-ville. Cette fois, ce sont les "pics londoniens" qui font polémique Outre-Manche. Tout est parti d'un tweet d'un résident de Londres , la semaine dernière, remarquant une étrange installation devant l'entrée d'un immeuble. Photo à l'appui, il montrait des pointes de métal, plantées dans le sol, visiblement destinées, selon lui, "à empêcher les sans-abris de s'installer".

Largement commentée sur les réseaux sociaux par des internautes indignés, la polémique fut telle que le maire de Londres a été contraint de s'en mêler. Boris Johnson a fustigé lundi,  sur son compte Twitter , des pointes "laides, contre-productives et stupides" et invité le constructeur à "les retirer le plus vite possible". La demande a été relayée par le ministre du Logement, Kris Hopkins, qui a qualifié l'initiative de "déplorable et profondément dérangeante".

Sujet clos ? Certainement pas. Car ce que le maire feint d'ignorer, c'est que sa ville de Londres, comme de nombreuses capitales, multiplie les stratagèmes de ce type, la plupart du temps dans l'indifférence générale. "Les pics vus à Londres existent aussi à Paris", nous explique ainsi Arnaud Elfort, du collectif d'artistes contre l'exclusion sociale, le  Survival Group . Avec son ami Guillaume Schaller, les deux photographes ont capturé des centaines d'images de ces nouveaux mobiliers urbains, du Brésil à la France en passant par les Etats-Unis.

"En fait, le phénomène n'est pas nouveau, souligne le photographe. Cela fait plus d'une dizaine d'années que les premiers dispositifs sont apparus en France". Les bancs sont l'exemple le plus parlant : progressivement coupés par des accoudoirs, ou prenant des formes circulaires, il y devient impossible de s'y allonger. "Et puis il y a tout un arsenal de dispositifs plus pernicieux, un peu plus discrets, voire esthétiques", poursuit Arnaud Elfort, qui cite en exemple "les pentes" : "On voit de plus en plus les surfaces s'incliner. Cela ne se remarque pas forcément mais c'est largement suffisant pour rendre l'endroit désagréable si l'on veut y stationner. Il y a également de nombreux espaces végétalisés, avec des bacs à fleurs ambivalents. La dimension décorative n'est qu'un prétexte".

Parfois, derrière une lumière un peu forte, un gros courant d’air ou une décoration, se cache une intention : contraindre les jeunes, les personnes à la rue et autres "marginaux", d'aller voir ailleurs. Cela peut même aller jusqu'à ce que Survival Group surnomme la "douche" : un système d'arrosage déclenché par un détecteur de mouvement, devant un parking par exemple. Des installations parfois complexes, souvent coûteuses, et qui se détournent des "vrais problèmes", comme le souligne Arnaud Elfort, que sont les causes du mal-logement. D'après les chiffres de la  Fondation Abbé-Pierre , 3,5 millions de personnes sont mal logées ou sans abri en France. Un chiffre vertigineux qu'aucun artifice urbain ne peut camoufler.

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