Elections en Allemagne : "Longtemps, le nationalisme a été un non-sujet"

Elections en Allemagne : "Longtemps, le nationalisme a été un non-sujet"

ALLEMAGNE - L'Alternative für Deutschland, parti d'extrême droite, a réalisé dimanche soir des scores élevés dans plusieurs régions. Un événement inattendu, dans un pays qui s'est longtemps caractérisé par son absence de toute forme de nationalisme.

C'est une percée sans précédent en Allemagne. Dimanche soir, l'Alternative für Deutschland (Alternative pour l'Allemagne, AfD), un petit parti d'extrême droite, a réalisé des scores records dans trois régions que renouvelaient leurs parlements. Avec 12 à 24% des suffrages, l'AfD n'a certes pas remporté de majorité, mais s'impose comme une force avec laquelle il faudra compter désormais dans le paysage politique. Comment expliquer cette poussée nationaliste ? Metronews a interrogé Hélène Miard-Delacroix, professeure à la Sorbonne et spécialiste de l'Allemagne.

On a le sentiment que le nationalisme a longtemps été "ostracisé" en Allemagne, alors qu'il était présent dans le paysage politique français. Comment expliquer cette différence ?
Si l'on étudie l'après-45, on constate que le nationalisme est un non-sujet, qu'il n'existe pas. D'une part, parce que l'idée a été délégitimée par les horreurs du nazisme, et ensuite parce que la nation elle-même n'existait pas, divisée entre RDA et RFA.  Après la réunification, on a assisté à un retour progressif de l'idée de nation, portée par le "made in Germany", la monnaie et surtout le football. Mais contrairement à ce que l'on pouvait voir dans d'autre pays, les Allemands avaient un rapport pacifié à la nation, sans excès.

Mais alors, qu'est-ce qui explique la percée de l'AfD depuis quelques années ?
Ce à quoi l'on assiste, c'est à une forme de "normalisation" - avec beaucoup de guillemets - du paysage politique allemand avec celui des pays voisins. Être Allemand, c'est un élément auquel on se raccroche quand les choses tournent mal. Or dans l'est du pays, où l'extrême droite a obtenu son meilleur score, les habitants ont le sentiment que leur région se désertifie, qu'ils ont de plus en plus de mal à trouver du travail. Dans ce contexte, les arrivées massives de migrants ont fait l'effet d'un catalyseur et les électeurs ont voulu exprimer leur ras-le-bol. Un sondage de sortie des urnes montre ainsi que la moitié de ceux qui ont voté pour l'AfD ne croit pas que le parti gouvernera mieux que les autres, mais ils ont voulu envoyer un coup de semonce.

Faut-il s'inquiéter de cette percée ?
Ce qui se passe en Allemagne aujourd'hui nous concerne forcément car l'histoire est un peu la même que la nôtre : quand les choses vont mal, les gens ont des réactions identitaires. Ce qui est certain, c'est que ces résultats vont avoir un effet sur le paysage politique. L'AfD, c'est un parti avec un discours mais pas de programme. Mais avec 10 à 24% selon les régions, on ne peut pas faire sans lui. C'est nouveau, car le bipartisme a longtemps été la norme en Allemagne.

Maintenant, il faut voir ce que vont faire les élus de l'AfD. En Allemagne, pour peser, il faut entrer dans une coalition, ce qui, dans leur cas, semble peu probable. Et même s'ils restent dans l'opposition, seront-ils capables de se plier au travail parlementaire ? Le précédent exemple de parti d'extrême droite en Allemagne, le NPD, s'est révélé spectaculairement incapable de prendre part à ces travaux, ce qui a participé à son effondrement. Toute la question est de savoir si l'AfD subira le même sort.

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