Charlottesville : "Si Trump condamne fermement l'extrême droite, il risque de fissurer une partie de sa base électorale"

La présidence Donald Trump

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INTERVIEW - Donald Trump est très critiqué pour ne pas avoir condamné les suprémacistes blancs après les violences à Charlottesville qui ont fait un mort et une trentaine de blessés. En fait, le président américain "ne peut pas désavouer fermement" le mouvement Alt-right selon Corentin Sellin, spécialiste de la politique des États-Unis. Il explique pourquoi.

Samedi James Alex Fields Jr a foncé avec son véhicule sur des contre-manifestants opposés à un rassemblement de suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie. Une personne est morte et une trentaine ont été blessées. Appelé à réagir depuis son golf de Bedminster (New Jersey) où il passe des vacances, Donald Trump a provoqué indignation et malaise dans la classe politique américaine en ne condamnant pas explicitement les extrêmistes racistes et en renvoyant les deux camps dos à dos.


"Nous condamnons dans les termes les plus forts possibles cette énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence venant de diverses parties", a déclaré le président. "De diverses parties", a-t-il ajouté pour bien se faire comprendre. Pour Corentin Sellin, spécialiste de la politique des États-Unis, cette réaction montre que Donald Trump "est apparu extrêmement gêné aux entournures, ce qui s'explique par sa collusion avec ce mouvement".

LCI : Comment analysez-vous la réaction de Donald Trump après les événements de Charlottesville ?

Corentin Sellin : Il est apparu un peu décalé par rapport à sa situation (en vacances dans son golf) et s'est trouvé contraint par l'actualité de réagir. Donald Trump a clairement montré un problème vis-à-vis de l'Alt-right - incontestablement à l'origine des événements d'hier. Il n'a pas voulu singulariser leur responsabilité première et est apparu extrêmement gêné aux entournures, ce qui s'explique par sa collusion avec ce mouvement. Durant sa campagne il y a incontestablement eu une adhésion entre certains thèmes qu'il a défendu et des thèmes chers à l'Alt-right : les réfugiés syriens, la stigmatisation des musulmans...

LCI : Qu'est-ce que l'Alt-right ?

Corentin Sellin : C'est Richard B. Spencer qui réclame la paternité de ce terme depuis 2008. L'Alt-right est une offensive sémantique qui visait à dédiaboliser l'extrême droite américaine et à s'écarter de termes tabous comme le Ku Klux Klan ou les suprémacistes blancs. L'idée était de dire avec ce nouveau terme "nous ne sommes qu'une autre branche du conservatisme". L'Alt-right repose sur deux piliers : l'exaltation d'un nationalisme blanc opposé au multiculturalisme, et l'appel à un sursaut de la nation blanche confrontée à un afflux d'immigrés et de réfugiés qui menaceraient l'identité américaine. Ce qui se manifeste concrètement par une hostilité à l'encontre des immigrants hispaniques, envers l'islam ou encore par l'idée qu'il faut combattre l'Etat fédéral qui défendrait une mixité à marche forcée.

LCI : Quels liens entretient ce mouvement avec le président des États-Unis ?

Corentin Sellin : Steve Bannon, conseiller de Donald Trump, a donné un porte-voix à ces idées-là notamment via Breitbart News (média conservateur qu'il a dirigé, ndlr). Quant à Donald Trump il est évident qu'il a parlé à ces gens-là, notamment avec le "Muslim Ban". Le problème c'est que peu de temps après son élection Donald Trump a désavoué l'Alt-right, après que Richard B. Spencer a organisé une réunion pour célébrer la victoire du candidat républicain, lors de laquelle il a notamment été pris à faire des saluts nazis. Mais le président américain n'a pas désavoué Steve Bannon. Comment se positionner face à l'Alt-right qui a soutenu Donald Trump mais qui a tombé les masques après sa victoire ? Le président américain est là face à une contradiction, comme on a pu le voir hier dans sa réaction.

LCI : Le leader du Ku Klux Klan David Duke, présent samedi à Charlottesville, a recommandé à Donald Trump de "se rappeler que ce sont les Blancs américains qui l'ont amené à la présidence". Quelle peut être là aussi la réaction du président américain ?

Corentin Sellin : Il ne faut pas non plus charger la mule. David Duke, c'est l'extrême droite américaine à l'ancienne, c'est un néo-nazi avoué admirateur du IIIe Reich. Au moment de l'élection de Donald Trump il avait déjà fait des messages de soutien. Un soutien plutôt radioactif pour le nouveau président, qui l'a désavoué. Mais depuis novembre dernier Duke et Spencer n'arrêtent pas de dire à Donald Trump "c'est nous qui t'avons fait". Le président désavoue ces hommes-là mais en même temps s'il les condamne il risque de fissurer une partie de sa base électorale. Il ne peut pas les désavouer fermement sous peine de se mettre à dos une partie de son électorat blanc populaire qui peut être séduit pour une partie par les thèses de l'Alt-right.

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