Etats-Unis : plus de 1 000 nazis recrutés par la CIA durant la guerre froide ?

Etats-Unis : plus de 1 000 nazis recrutés par la CIA durant la guerre froide ?

SECRET D'ÉTAT - Plus de 1 000 anciens nazis ont été recrutés par les agences américaines de renseignement après la Seconde Guerre mondiale pour des missions de renseignements dirigées contre l'URSS, selon une enquête du New York Times. Des recrutements qui étaient connus mais dont on ne soupçonnait pas l'ampleur.

La guerre froide n'a pas fini de livrer ses secrets. Selon un article publié dimanche par le New York Times , plus de 1 000 anciens nazis ont été recrutés par les agences américaines de renseignement après la Seconde Guerre mondiale pour des informations et des missions d'espionnage. Ignorant leur passé, la CIA et le FBI seraient allés jusqu'à les protéger des menaces judiciaires et faciliter leur installation aux États-Unis ou en Amérique du Sud.

Les faits ne sont pas vraiment nouveaux. Depuis des dizaines d'années, on découvre que tel officier nazi a été employé par la CIA, que tel "cerveau" a été exfiltré d'Allemagne après la guerre. "La seule nouveauté, c'est le chiffre, observe Patrick Pesnot, auteur de La face cachée des États-Unis (Nouveau monde, 2012) et animateur du ‘Rendez-vous avec X’ sur France Inter . Mais cela ne me surprend pas. On pouvait déjà estimer à une centaine le nombre de nazis ayant travaillé avec les services secrets américains.”

Des crimes de guerre "pardonnés"

Ainsi, dans Le Livre noir de la CIA d'Yvonnick Denoël (Nouveau monde, 2007), on pouvait déjà lire : “On a du mal à comprendre que, dès 1945, l'armée et les services américains de renseignement ont recruté sans état d'âme d'anciens criminels nazis. […] Qui, mieux que ces derniers, souvent sans emploi ni ressources dans un pays dévasté, cumule une solide expérience professionnelle du renseignement et un anticommunisme farouche ?”

La CIA a facilement passé l'éponge sur leurs crimes de guerre. C'est le cas avec l'un des plus (tristement) célèbres, Klaus Barbie, longtemps espion anticommuniste à la solde des États-Unis avant d'être condamné en 1987 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. “C'était le pire des pires, un authentique nazi, mais aussi un spécialiste du renseignement, et donc quelqu'un de précieux aux yeux de la CIA. Et depuis la Bolivie, où il est arrivé grâce aux Américains, il les a beaucoup aidés”, raconte Patrick Pesnot.

Abandon des enquêtes

Parmi les autres "prises de choix" de la CIA se trouvait aussi Otto von Bolschwing, l'un des bras droits d'Adolf Eichmann, le planificateur de la "solution finale". En "remerciement de ses loyaux services d'après guerre" (d'après une note interne de l'agence), Von Bolschwing et sa famille ont été relogés à New York en 1954. Son fils, aujourd'hui âgé de 75 ans, estime dans le New York Times que l'admission de son père aux États-Unis était en "contradiction avec les valeurs" de ce pays.

L'enquête du New York Times, qui se fonde sur des documents déclassifiés et des entretiens avec des proches du dossier, révèle aussi que des avocats de la CIA ont fait pression sur des plaignants pour obtenir l'abandon d'une enquête visant un de ces ex-espions, impliqué avec les nazis dans le massacre de dizaines de milliers de juifs en Lituanie. “En 1980, des agents du FBI ont refusé de dire au ministère américain de la Justice ce qu'ils savaient sur 16 suspects nazis vivant aux Etats-Unis”, relate en outre le journal. Si certains pensaient encore que ces agences de renseignement n'étaient pas prêtes à tout, les voilà convaincus.

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