États-Unis : "Si l'élection se déroulait aujourd'hui, Trump serait élu"

États-Unis : "Si l'élection se déroulait aujourd'hui, Trump serait élu"

ENTRETIEN - Malgré ses provocations à répétition, ses outrances, Donald Trump se dirige à grands pas vers l'investiture républicaine pour la course à la Maison blanche. Jour d'un second "Super Tuesday" décisif, décryptage de ce qui est devenu un phénomène politique par Ghyslaine Pierrat, "spin doctor" et auteur de "La Communication n'est pas un jeu" (ed. L'Harmattan).

Pourquoi ou comment Donald Trump a-t-il pu aller aussi loin dans les primaires pour l'investiture républicaine ?

Les autres candidats républicains sont lisses et sans grand relief ! Et ils parlent beaucoup trop de lui. Donald Trump s'exprime à l'instinct alors que ses adversaires intellectualisent, rationalisent trop le débat, car c'est une élection à forte irrationnalité. Celui que l'on qualifiait de clown et que l'on jugeait non crédible a adopté un langage direct et cash. Il tient des propos simplistes où se reconnaissent les gens, même si il esquive souvent. Aujourd'hui, il incarne le changement et l'homme qui n'a peur de personne et dit : "Voter pour Trump, c'est choisir l'Amérique !"

Pourtant, il va très loin dans la provocation…

Les gens se disent que c'est une canaille, mais qu'il saura se débrouiller dans un monde de requins. Ses propos outranciers sont perçus comme une provocation et uniquement comme telle. Il est pressé, veut choquer pour accélérer, fédérer. Et ça marche. Les attentats en Côte d'Ivoire ne vont faire que le renforcer dans son discours appelant au repli sur soi. Enfin, riche, Trump s'auto-finance et apparaît pour certains indépendant et incorruptible !

Donc, il va probablement représenter les Républicains ?

Oui, sa dynamique semble puissante. Les médias, qui n'ont pas donné autant de place aux autres, lui font une publicité permanente parce qu'il cristallise une audience inouïe, il électrise la campagne. Trump génère un véritable business, car il fascine et aimante beaucoup d'Américains. La question se pose désormais de savoir comment travailler et avancer avec lui.

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Les violences récentes lors de l'un de ses meetings seront-elles un frein ou au contraire un accélérateur à son parcours ?

Pour le moment, bonimenteur ou pas, violence ou pas, tout glisse et se transforme en sa faveur. Même la question de savoir si il est fou est dépassée. Trump est là désormais, passant 3,7% d'intentions de vote en avril 2015 à 39,4% en mars 2016. A chaque fois, chacun se dit : là ça va clasher, et bien non ça continue.

Ces primaires vont-elles laisser des traces sur la société américaine ?

Oui, cela laissera des traces. L'Amérique est en plein désarroi économique. Les gens veulent gagner de l'argent et avoir de quoi vivre et manger. La classe moyenne est très appauvrie depuis 2008. Cela déclenche aussi une triste division des américains, entre les pro-Trump et ceux qui lui sont farouchement opposés. Avec des risques de désordres sociaux de grande ampleur.

S'il est le candidat républicain, la Maison blanche lui est donc accessible ?

Devenir 45e président des Etats-Unis, c'est une autre histoire. Certes, Donald Trump est un homme d'action, énergique, volontaire et crédité de tous les possibles mais il n'a aucune expérience politique, ne rassure pas et inquiète même. D'ici novembre tout peut se passer et par défaut Trump peut très bien arriver à la Maison blanche. Les gens sont capables de voter massivement pour lui. Si l'élection se déroulait aujourd'hui, il serait élu. Certains sont si désabusés qu'ils veulent quelqu'un qui renverse la table. La personnalité compte double en politique, ici, elle compte triple. Trump l'a compris. Tout en sachant qu'une élection n'est pas une émission de téléréalité.

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