Français expatriés dans un pays à risque : "On adapte nos habitudes"

Français expatriés dans un pays à risque : "On adapte nos habitudes"

TERRORISME - Valérie habite au Liban, Rachel en Egypte, Chloé à Alger. Trois pays où le risque terroriste est important. Dans un monde de plus en plus frappé par les attentats, elles racontent leur quotidien, vigilant mais sans peur, à metronews.

"Le samedi 14 novembre, je suis allée acheter des cigarettes dans une épicerie. Quand le vendeur a compris que j'étais Française, il m'a de suite dit : 'Je suis désolé pour ce qui est arrivé dans ton pays.' Et la chose qui m'est venue spontanément comme réponse c'est : 'Et moi dans le tien.'" Ce pays, c’est le Liban, touché par un attentat la veille de ceux de Paris. Valérie, journaliste, est venue s’y installer, en septembre dernier pour pratiquer son métier de journaliste.

Car les attentats du 13 novembre, qui ont créé un véritable séisme en France, sont aussi le quotidien de nombreux pays. Sensation curieuse, pour les Français installés à l’étranger. "C'était assez étrange d'être ici lors des attentats", raconte Valérie. "Lorsqu'il y a eu celui à Beyrouth, je me sentais mal pour les Libanais, mais ils avaient l'air d'être plus blasés qu'autre chose : 'Non mais de toute façon ce n'est pas la première fois que cela arrive.'" Sur le coup, elle reçoit une foule de messages de ses amis français, demandant si elle va bien. "Et le lendemain malheureusement, je me suis retrouvée à envoyer les mêmes messages à mes amis en France... Du coup je ne savais plus trop si j'étais à Paris ou à Beyrouth."

"On adapte nos habitudes"

Vivre entre deux pays des situations extrêmes... Si en France l’état d’urgence, qui vient d’être prolongé , commence à s’installer dans les esprits, si les Parisiens ne tiquent plus quand ils se font palper par des vigiles à l'entrée des magasins, quand ils croisent des militaires dans la rue, les expatriés résidant dans des pays "à risques" le vivent déjà depuis longtemps. L'omniprésence policière, Valérie n’y fait d’ailleurs pas plus attention que cela. "Je m'en rends seulement compte lorsque des amis français viennent me rendre visite et me font la remarque".

Même état d'esprit pour Chloé, qui réside depuis deux ans à Alger. S’il y a eu renforcement de la sécurité à la suite des attentats de Paris, cela ne lui a pas sauté aux yeux. "L'Algérie est un pays qui a été fortement marqué par le terrorisme dans les années 1990", rappelle-t-elle. "De ce fait la présence militaire était déjà omniprésente, surtout au sein des grandes villes, avant les différentes attaques qui ont eu lieu et que l'instabilité ne s'installe dans les zones syrienne et libyenne." 

Vivre au milieu des militaires, ça s'apprend. "On adapte nos habitudes", explique Rachel, trentenaire. Elle est installée en Egypte, au Caire, il y a 5 ans. Et oui, elle a vu les conditions sécuritaires qui se sont "bien dégradées", dit-elle. Mais elle garde la tête froide. "Bien sûr, le risque terroriste s’est amplifié récemment, mais il est principalement dirigé contre les forces de l'ordre, il a des visées politique ou géopolitiques, principalement dans le Sinaï", estime-t-elle. Du coup, elle "ne craint pas de passer une après-midi dans un grand centre commercial ou attendre le train dans la gare surpeuplée" : "Ce genre d'attentat n'a jamais eu lieu au Caire, or je pense que c'est ce qu'il y a de plus terrorisant pour une population, comme ce qui s’est passé au Bataclan." Zen attitude, donc. Mais c'est aussi parce qu'elle a appris à bien s’informer, notamment sur les réseaux sociaux, des moindres manifestations ou mouvements de foule. "Ce sont bien sûr des lieux à éviter à cause du risque de débordements, mais aussi à cause du risque de harcèlement sexuel."

Déplacements limité et escorte

A Alger, Chloé, elle aussi, se tient bien informée. Quasiment un réflexe : "Tout étranger travaillant dans une multinationale, ambassade ou ONG aura des règles à suivre, dictées par sa structure", raconte-t-elle. Dans son entreprise, aucun déplacement n’est autorisé sans l'aval du responsable. "Il y a évidemment des zones interdites comme la Kabylie, principalement les montagnes, où il existe encore des poches terroristes et où Hervé Gourdel a péri, ainsi que le grand sud Saharien, aux frontières libyenne et malienne", détaille la jeune femme.

"Les expatriés travaillant dans le sud, principalement pour des sociétés pétrochimiques, résident dans des bases de vie très sécurisées et ne quittent pas celle-ci sans escorte." Et pour le reste... elle applique sa propre recette : discrétion et précaution. "En tant qu’étrangère, il y a des quartiers à éviter", raconte-t-elle. "Mais cela est davantage dû à la délinquance qu'au risque terroriste. Toute sortie de la capitale ou des grandes villes doit être discrète, il faut éviter de trop s’exposer dans les zones rurales : les étrangers sont très vite repérés."

Au Caire, "la paranoïa vis-à-vis des espions"

Chloé le reconnaît : "Dans un sens, la présence militaire et policière est rassurante. Et l'expérience du pays dans le combat contre le terrorisme l'est aussi. Le peuple algérien ne veut pas retomber dans une seconde décennie noire et dans leur majorité les Algériens sont prêts à faire barrage à la montée des groupes terroristes." Mais au Caire, Rachel ressent l’omniprésence militaire différemment. "En tant qu’étranger, la police ou l’armée ne représentent pas un élément sécurisant, un vecteur du maintien de l’ordre et de soutien potentiel à un étranger en situation délicate, en raison de leur paranoïa vis-à-vis des espions", dit-elle.

Elle qui travaille dans une banque, pointe aussi ces règles imposées par certaines multinationales : "Les mesures sont extrêmement conservatrices, souvent plus que celles du consulat. Elles interdisent le déplacement dans plusieurs zones et renforcent le sentiment d'insécurité". Rachel, cependant, n’y est pas soumise. Et elle en est ravie : "Je suis très contente de profiter de week-ends au bord de la Mer rouge ou de bivouacs dans le désert, en restant toujours bien informée avant de prendre la voiture."

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