Il a déjà fait 62 morts et 62 blessés : pourquoi l'incendie au Portugal est-il si meurtrier ?

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INCENDIE MEURTRIER - Le gigantesque feu de forêt qui a éclaté samedi dans le centre du Portugal a fait au moins 62 morts et 62 blessés. Voici ce que l'on sait sur cette catastrophe, la plus meurtrière de l'histoire récente du Portugal, et qui fait déjà polémique dans le pays.

Alors que les températures dépassaient les 40 degrés, un incendie s'est déclenché samedi peu avant 15h à Pedrogao Grande, dans le centre du Portugal. Selon la police judiciaire, un "orage sec" serait à l'origine de l'incendie. "Nous avons trouvé l'arbre frappé par la foudre", a déclaré son directeur national, Almeida Rodrigues. Les flammes, attisées par des vents très violents, se sont alors rapidement propagées sur quatre fronts dans les collines couvertes de pins et d'eucalyptus. Dans cette zone rurale, plusieurs bourgades ont été touchées et un plan d'évacuation a été mis en oeuvre. Ce lundi, l'incendie n'était toujours pas maîtrisé, malgré la présence de plus de 900 pompiers et quatre avions bombardiers d'eau.

Pour l'heure, l'incendie a déjà fait plus de 62 morts et 62 blessés. Cinq d’entre eux, quatre enfants et un pompier, sont dans un état grave, selon un nouveau bilan qui pourrait encore s’alourdir. Le Portugal entame trois jours de deuil national à compter de ce lundi. Un bilan dramatique qui pose question : dans un pays que l'on sait régulièrement sujet aux incendies, comment cela se fait-il que le nombre de victimes soit si élevé ? 

Les fortes chaleurs, facteur aggravant

"Il semble que les principaux ingrédients de “la règle du 30”, celle qui rend un incendie incontrôlable, étaient réunis : un taux d’humidité de moins de 30 %, des vents de plus de 30 km/h et des températures dépassant les 30 °C", décrypte pour le Monde le responsable de la campagne forestière de Greenpeace Espagne et Portugal, Miguel Angel Soto. "En montant, l’air chaud provoque des vents latéraux et des changements de direction imprévisibles qui rendent les flammes enveloppantes. Dans des conditions climatiques extrêmes comme celles que nous vivons, un incendie normal devient vite hors de contrôle". Samedi, jour du départ du feu, il fait effectivement extrêmement chaud au Portugal, jusqu'à 40°C dans certaines régions. 


"Cela fait la troisième année consécutive de phénomènes météorologiques exceptionnels, mais cette année est bien plus grave encore que les précédentes, poursuit par ailleurs Miguel Angel Soto. Le réchauffement climatique n’est pas responsable des incendies, mais il explique leur intensité, leur vitesse de propagation et l’impossibilité de les contrôler". 

Manque de prévention ?

Comme l'indique Le Monde, face à l’ampleur de la tragédie, les Portugais réclament des explications, dénonçant notamment le manque de moyens accordés à l'entretien des forêts et et à la prévention des incendies, dans un pays où la végétation, très sèche surtout à cette période de l'année, s'embrase rapidement. En 2016 déjà, 100 000 hectares du pays avaient été ravagés et sur l’île de Madère, où 5 400 hectares étaient partis en fumée, trois personnes étaient décédées. Nombreux sont ceux qui s'interrogent également sur de possibles défaillances du protocole de protection civile, qui n'aura pas pris la "mesure" des risques liés aux fortes chaleurs. 


Sur sa "une", le quotidien Publico publie ce lundi une photo du désastre accompagné d'un simple - mais efficace - : "Pourquoi ?". Dans l'éditorial du jour, la rédaction interpelle le président : "Excusez-nous président, mais face à la plus grande de nos tragédies, nous ne pouvons pas continuer à dire “ce n’était pas possible de faire plus”"

Des habitants piégés ou des ordres d'évacuation pas respectés

Selon les premiers éléments de l'enquête, de nombreux habitants ont refusé d'abandonner leurs habitations, où ont perdu la vie alors qu'ils fuyaient. Selon les autorités, une grande partie des victimes ont ainsi péri dans leurs voitures, piégées par les flammes alors qu'elles circulaient sur la nationale 236 reliant Figueiro dos Vinhos à Castanheira de Pera, devenue la route de l'enfer.  D'autres corps ont été découverts dans des maisons isolées. Au moins trois villages à proximité de Pedrogao Grande ont dû être évacués. La majorité des victimes déjà identifiées "sont mortes dans leur maison, qu'elles n'avaient pas abandonnée à temps", a souligné le Premier ministre Antonio Costa, appelant les habitants à respecter les ordres d'évacuation.


"Si je quitte ma maison, tout va brûler, car nous n'avons personne pour nous aider", a raconté Fernando Pais, un agriculteur de 50 ans qui vit avec sa femme et son fils. La famille Pais a refusé de quitter son habitation et depuis 24 heures, elle se bat toute seule contre les flammes avec un simple tuyau d'arrosage. Une autre habitante raconte : "Je connaissais plusieurs victimes. Une de mes collègues a perdu sa mère et sa fille de quatre ans, car elle n'a pas réussi à les sortir de l'arrière de la voiture."

Les autorités craignent que d'autres victimes ne soient découvertes au fur et à mesure des recherches. "L'incendie a atteint une dimension de tragédie humaine jamais connue jusqu'ici", a déclaré le Premier ministre Antonio Costa sur les lieux du drame.

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