Immigration : la Suisse rallume la mèche en Europe

Immigration : la Suisse rallume la mèche en Europe

UNION EUROPEENNE – A trois mois des élections européennes, le vote surprise des citoyens suisses en faveur d'une limitation de l'immigration conforte les replis nationalistes qui gagnent les pays européens.

En approuvant, contre toute attente, le référendum "contre l'immigration de masse" , la Suisse a jeté un grand froid chez ses voisins. En remettant en cause le principe de libre circulation, voilà que le moins européen des 28 bouscule un des fondements de l'Union et relance le débat de l'immigration en Europe. Un cadeau malvenu, alors que le spectre du repli nationaliste plane plus que jamais sur le Vieux Continent, à trois mois des élections européennes.

Fermer ses frontières, instaurer des quotas pour les travailleurs étrangers... L’initiative suisse donne des ailes aux eurosceptiques. En Grande-Bretagne, où la question de la sortie de l'Europe pourrait être posée lors d'un référendum en 2017, les nationalistes saluent "une merveilleuse idée". La tentation se fait également entendre du côté de l'Autriche, des Pays-Bas, de la Finlande, mais aussi de la France. Le Front national, donné grand gagnant du scrutin de mai, défend ainsi le "bon sens" helvétique, quand François Fillon va jusqu'à demander l'adoption d'un "système similaire".

Sauf que la France n'est pas la Suisse . "En tant que membre de l'Union européenne, la France ne peut pas restreindre la libre circulation des personnes, nous explique le directeur du think tank Notre Europe , fondé par Jacques Delors, Yves Bertoncini. Cet accord fait partie du package : si on le refuse, on sort de l'Union". Pas touche, donc, à cette valeur sacrée de l'Europe.

L'étranger, le "chiffon rouge des eurosceptiques"

Comment, dans ce cas, répondre au mécontentement croissant en UE, dont l'immigration semble être devenue un point de fixation ? C'est le fameux mythe du travailleur détaché, "cet ouvrier low cost venu d'un autre pays d'Europe et qui nous prend notre travail", comme le résume Yves Bertoncini. Ces salariés touchent le salaire minimum du pays d'accueil, tandis que les cotisations sociales sont prises en charge par le pays d'origine. Problème : les abus se sont multipliés. Travail dissimulé, emploi de sans papiers... Le travail détaché est devenu, au fil des mois, le symbole du dumping social en Europe.

"Le système est perfectible, nous assure la vice-présidente du groupe Socialiste & Démocrates au parlement européen", Sylvie Guillaume. Pour preuve :"la France et ses partenaires vont limiter les abus en instaurant des moyens de contrôle". Pour autant, "ce problème de l'immigration intra-communautaire est à relativiser", fait valoir le président de l'Institut Jacques Delors. "Les pays qui comptent le plus d'étrangers, comme la Suisse (22% de sa population), ou l'Allemagne, (9%) ont un taux de chômage beaucoup plus bas que la France, qui en compte 5,8%". "Peut-on dire alors qu'il s'agit d'un problème majeur pour ces pays ?", s'interroge cet européen convaincu, qui se désole de voir les dossiers "plus prioritaires" de l'Europe ("comme la dérégulation financière") cachés derrière "les chiffons rouges des eurosceptiques".

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