Iran, le pays où l'on exécute le plus de mineurs au monde

Iran, le pays où l'on exécute le plus de mineurs au monde

IRAN – A l'occasion de la venue du président Hassan Rohani en France, plusieurs centaines de manifestants ont défilé jeudi à Paris pour dénoncer l'atteinte aux droits de l'homme en Iran et notamment condamner les exécutions capitales pratiquées dans le pays qui "domine le sombre classement des bourreaux de mineurs délinquants", souligne Amnesty International dans un récent rapport.

Les exécutions en Iran n'épargnent personne, pas même les mineurs. Cette dénonciation est régulièrement reprise par les opposants au régime des mollahs en place en Iran depuis la révolution islamique de 1979, comme, par exemple, le Comité de soutien aux Droits de l'Homme en Iran (CSDHI), qui manifestaient jeudi à Paris contre la venue du président Hassan Rohani. Il faut dire que l'application de la peine capitale en Iran, inscrite dans la charia – la loi islamique en vigueur dans le pays depuis l'instauration du régime de l'ayatollah Khomeini, est particulièrement dure et l'arrivée au pouvoir d'Hassan Rohani n'a pas infléchi la tendance.

Les condamnations à mort n'ont pas régressé ces dernières années, bien au contraire. En octobre dernier, le Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran soulignait que le nombre d’exécutions par habitant était "le plus élevé au monde".  Ce nombre a augmenté de manière exponentielle depuis 2005 pour atteindre 753 mises à mort en 2014 et frôler le millier en 2015, "en majorité pour des infractions non violentes liées à l’afflux croissant et à l’utilisation de drogues, ou encore en raison d’une conviction, comme dans le cas de l’écrivain et fondateur du groupe Erfan-e-Halgheh ", selon les Nations unies.

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L'Iran, pays qui exécute le plus de mineurs dans le monde

Dans un rapport paru mardi, l'ONG Amnesty International rappelle que l'Iran est le pays qui exécute le plus de mineurs dans le monde. L'Iran "domine le sombre classement des bourreaux de mineurs délinquants" avec 73 condamnations à mort enregistrées entre 2005 et 2015, dont au moins quatre l'an dernier, dénonce l'organisation de défense des droits de l'homme.

"Malgré quelques réformes sur le terrain de la justice pour mineurs, l’Iran reste loin derrière le reste du monde, conservant des lois permettant que des mineurs soient condamnés à mort - à partir de neuf ans pour les filles et de 15 ans pour les garçons", explique Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Et l'ONG de souligner "les manquements systématiques de l’Iran à un engagement pris il y a deux décennies, lorsqu’il a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE), concernant l’abolition du recours à la peine de mort contre les personnes qui étaient mineures au moment de leur crime présumé."

Condamnations sur la base d'aveux forcés

De son côté, les Nations unies dénombrent au moins 160 personnes, mineures au moment des faits qui leur sont reprochés, se trouvant actuellement dans les couloirs de la mort des prisons iraniennes. Un chiffre "sans doute bien en deçà de la réalité, car les informations relatives au recours à la peine de mort en Iran sont souvent entourées de secret", indique pour sa part Amnesty International.

L'ONG a pu identifier 49 jeunes gens condamnés à mort en Iran. En moyenne, ces détenus ont déjà passé environ sept ans en prison mais certains sont enfermés depuis plus de dix ans. Des jeunes prévenus parmi lesquels certains ont été condamnés "notamment sur la base d’aveux forcés, arrachés sous la torture et d’autres formes de mauvais traitements", souligne encore Said Boumedouha.

Depuis 2013, des modifications sont intervenues dans le Code pénal islamique prévoyant notamment la possibilité d'évaluer la maturité des mineurs condamnés à mort au moment de leur crime. Mais dans les faits, poursuit l’organisation, cette évaluation fait souvent l'objet d'un examen primaire qui aboutit à renouveler la sentence capitale envers l'accusé. En juin dernier, des réformes qui prévoient l'instauration de tribunaux spécialisés pour mineurs ont été adoptées, mais rien ne permet d'assurer que cette évolution judiciaire mettra un terme aux exécutions de jeunes gens mineurs au moment des faits.

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