"J’ai perdu mon enfance" : mariée de force quand elle était mineure, cette réfugiée syrienne témoigne

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TÉMOIGNAGE - Depuis 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 400.000 morts. A travers ce désastre humanitaire, des milliers de réfugiés se sont installés dans des camps de Jordanie. Une situation encore plus intenable pour les femmes, souvent mariées de forces alors qu’elles étaient mineures. Nous avons recueilli le témoignage de l'une d'elles.

Le camp de Zaatari en Jordanie, à quelques kilomètres de la frontière syrienne, est devenu depuis quatre ans une ville à part entière. Avec 60 mosquées et 80.000 habitants, il est même devenu la quatrième ville du pays. Certains réfugiés syriens vivent dans ce camp depuis quatre ans. 


Quand ils sont arrivés là en 2013, beaucoup rêvaient d’un eldorado, souvent synonyme d’Europe. Mais depuis, la situation a évolué. Engluées dans un quotidien morose loin de leurs familles, les femmes syriennes n’ont qu’un rêve : retrouver leur pays.

Le rêve européen ?

"On veut tous retourner en Syrie, c'est là-bas que nous avons grandi, mais c'est impossible", dit l’une d’entre-elles. 

"Mes parents sont en Syrie, et moi je suis bloquée ici", déplore une autre. "Avec l'aide de Dieu, on retournera en Syrie, vous croyez qu'on est heureuses ici ?", lance une de ses compagnonnes.

Les mariages forcés

Car dans le camp, un enfant sur trois n’est pas scolarisé. Surtout, les mariages de femmes mineurs ont doublé depuis le début de la guerre. Asma a 17 ans. Elle a été mariée à l’âge de 13 ans à un homme de 26 ans. Si elle revendique tout son amour pour ses enfants, elle regrette toujours son union précoce.

J’ai eu mes enfants à 13 ans et 15 ans. J’ai perdu mon enfance, je n'ai pas pu continuer mes études.Asma, 17 ans.

"J’ai eu mes enfants à 13 ans et 15 ans. J’ai perdu mon enfance, je n'ai pas pu continuer mes études. Je suis devenue mère beaucoup trop tôt, le mariage c’est une trop grande responsabilité à cet âge-là."


"J’étais d’accord pour me marier, mais je pensais juste avoir une belle robe. Je ne savais pas que c’était interdit en Jordanie. Nos parents croient qu’ils vont nous protéger en nous mariant, mais souvent ça se passe mal, les hommes maltraitent les femmes."

Eviter l’enfermement

Selon les statistiques, chaque année, ce sont 2.000 cas de mariages de mineurs qui sont observés. A Zaatari, certains essayent de s’en sortir. Sous l’impulsion d’une femme syrienne, elle-même réfugiée, des filles viennent jouer au football. Elle est devenue comme une seconde mère pour eux.


"Le jeu préserve leur innocence. Ici, elles restent des enfants", confie la jeune femme.


Aujourd’hui, elle entraîne plus de 1.000 filles. Et pour la première fois depuis le début de l’exil syrien, le nombre de mariages forcés commence à baisser.

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