Légion d'honneur à un prince saoudien : les dessous (cyniques) de la décoration

Légion d'honneur à un prince saoudien : les dessous (cyniques) de la décoration

DIPLOMATIE - Alors que la remise de la Légion d'honneur (en catimini) à Mohammed ben Nayef fait polémique, le magazine "Causette" publie les échanges de mails très "realpolitik" entre les officiels français qui ont mené le président Hollande à décorer le prince saoudien.

Jean-Mars Ayrault l'avait affirmé, la remise de la Légion d'honneur à Mohammed ben Nayef était justifiée. "Nous discutons avec Riyad de la paix en Syrie. Cette légion d'honneur est une tradition diplomatique", avait déclaré le ministre des Affaires étrangères sur France Inter, le 7 mars.

Il faut dire que, depuis la décoration de ce prince saoudien en catimini le 4 mars, la polémique n'en finit pas. Remettre une aussi haute distinction à l'héritier d'un pays qui pratique massivement l'exécution capitale (dont beaucoup de décapitations), bafoue les droits des femmes, fouette les opposants et athées... Cela a choqué de nombreux politiques, militants et citoyens.

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Une exigence du prince

Et les révélations de Causette ce jeudi 10 mars risquent de nourrir encore plus la polémique. Le magazine féministe a publié des échanges de mails entre les officiels de la diplomatie française. On y apprend que c'est le prince lui-même qui a demandé à recevoir la Légion d'honneur "à un moment où il souhaite renforcer sa stature internationale", écrit l'ambassadeur français en Arabie Saoudite, Bertrand Besancenot.

"Je sais que certains s’interrogent sur l’opportunité de décorer maintenant le prince héritier, peu de temps après la campagne médiatique contre l’Arabie Saoudite en France. Certes, le royaume n’a pas bonne presse, mais je crains que l’amélioration de son image prenne du temps...", adresse-t-il à David Cvach, le conseiller de François Hollande pour le Moyen-Orient.

Avançant les arguments de l'importance du partenariat entre les deux pays, de la "lutte [de Riyad] contre le terrorisme" et des intérêts "civils et militaires" de la France, Bertrand Besancenot ajoute : "C’est aussi un geste envers le prochain Roi d’Arabie Saoudite".

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"Discret vis-à-vis des médias mais sans dissimulation"

Réponse du cabinet de Jean-Marc Ayrault : "Aucune raison de ne pas le faire, il faut que ce soit discret vis-à-vis des médias mais sans dissimulation, si nous ne le faisons pas ce sera vu comme un camouflet et si on nous interroge on répondra lutte contre Daech et partenariat économique et stratégique. Rajoutons, pour faire bonne mesure, les droits de l'homme dans les éléments de langage bien sûr."

Cinq heures plus tard, David Cvach envoie : "On fait - c’est le moment je suppose d’acheter des actions MBN [Mohammed ben Nayef, ndlr] ..." Le surlendemain le prince était reçu et décoré à l'Elysée.

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