"Les humanitaires sont parfois pris d'assaut" : trois semaines après Matthew, tensions et désolation en Haïti

"Les humanitaires sont parfois pris d'assaut" : trois semaines après Matthew, tensions et désolation en Haïti

L'ouragan Matthew

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DÉCRYPTAGE – Une adolescente a été abattue et trois personnes ont été blessées par balles mardi lors d'une distribution d'aide dans une petite ville du sud-ouest d'Haïti. Un drame qui illustre les difficultés que rencontre l'île, trois semaines après le passage de l'ouragan Matthew.

Trois semaines après le passage de l'ouragan Matthew, Haïti peine à se relever. Camps informels, bousculades, désorganisation… La situation semble échapper aux autorités, confrontées à l'impatience d'une population déjà meurtrie par le séisme de 2010. Dernier incident en date : la mort d'une adolescente, abattue mardi au cours d'une distribution d'aide.

Le mouvement de foule s'est déroulé au moment où l'aide d'un bateau colombien était en train d'être déchargée sur le port de Dame-Marie, à 220 km à l'ouest de la capitale Port-au-Prince. Pour reprendre le contrôle de la situation, les casques bleus brésiliens ont tiré des balles en caoutchouc et deux grenades lacrymogènes. Sauf que la police nationale, elle, a opté pour des balles réelles. Outre l'adolescente qui a reçu une balle dans le thorax, trois autres personnes ont été blessées par les tirs. 

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"Nous avons un peu de mal à mettre en œuvre l'aide"

Un drame à l'image de la crise dans laquelle s'enlise le pays, où les sinistrés vivent dans des "conditions inhumaines". C'est en tout cas l'avis de Gustavo Gallon, expert indépendant des Nations unies sur la question des droits de l'homme. Au lycée Nord Alexis de Jérémie, "3.000 personnes sont entassées dans 20 salles de l'établissement. Elles ont faim. Il y a deux bébés qui sont nés dans cet endroit sans assistance d'accouchement et il y a environ 20 femmes enceintes", a témoigné mardi le juriste colombien avant son départ de l'île, où 546 personnes sont mortes et 175.000 ont perdu leur domicile lors du passage de l'ouragan.


Des chiffres vertigineux, constate avec amertume Thibault Mayaud. Joint par LCI, ce chef de mission en Haïti pour l'ONG Solidarités International évoque l'ampleur de la tâche qui reste à accomplir : "Nous avons un peu de mal à mettre en œuvre l'aide. Si les stocks sont suffisants pour certains biens, il manque par exemple des kits d'hygiène. Il est également difficile d'accéder à certaines zones, sans parler des problèmes sécuritaires. Les acteurs humanitaires sont parfois pris d'assaut."

"Pression très forte des autorités haïtiennes"

Outre l'insécurité et les besoins matériels, le choléra est également au cœur des préoccupations. Près de 800 cas avaient été enregistrés la semaine dernière, selon l'OMS. L'épidémie a démarré en 2010 en Haïti, avec plus de 300.000 cas en 2011, avant d'être ramenée en dessous de 30.000 dans les dernières années. 


Malgré ces obstacles, Thibault Mayaud l'assure : "Il y a beaucoup de leçons apprises de 2010. Notamment la volonté de travailler en coordination : nous mettons en œuvre les moyens humanitaires en nous coulant dans le moule de la coordination via les instances nationales." Des instances avec lesquelles il n'est pas toujours évident de collaborer, surtout quand les problèmes s'amoncellent : "Nous avons une pression très forte des autorités haïtiennes qui souhaitent gérer la coordination  malgré leurs limites. L'efficacité peut toujours être discutée, mais face à une crise comme celle-ci, nous ne sommes pas forcément armés pour apporter la réponse que nous souhaiterions."

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