Migrants : le drame absolu des enfants

Migrants : le drame absolu des enfants

DECRYPTAGE - Quelques mois après l’onde de choc provoquée par l’image d’Aylan, la situation des enfants migrants reste catastrophique. Plusieurs d'entre eux sont retrouvés noyés, chaque semaine, sur les côtes méditerranéennes. Et selon Europol, 10.000 d’entre eux auraient disparu en Europe. Le point avec Philippe Lévêque, directeur de CARE France, et Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile.

En septembre 2015, le monde découvrait avec effroi le corps du petit Aylan gisant sur une plage turque. Le cliché de cet enfant kurde devient rapidement le symbole du drame des migrants, leur ouvrant temporairement les portes de l’Europe. L’éclaircie sera de courte durée. Cinq mois plus tard, nombreux sont les pays à rétablir le contrôle à leurs frontières. Et les cadavres d’enfants continuent de s’échouer sur les rivages : deux nourrissons ont trouvé la mort ce mardi en mer Egée. Dix ont péri jeudi dernier, au large de Samos. Une plage turque a également été endeuillée ce week-end, comme l'illustre ce témoignage de l’AFP largement relayé ces dernières heures sur Twitter.

La liste macabre pourrait courir sur plusieurs jours : selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 60 des 272 migrants qui ont péri en mer entre la Turquie et la Grèce en janvier étaient des enfants. Il faut dire que, depuis plusieurs mois, les mineurs viennent grossir le cortège des candidats à l’exil. Selon un rapport publié ce mardi par le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), "les enfants constituent aujourd'hui 36% de ceux qui tentent la traversée dangereuse entre la Turquie et la Grèce". En juin dernier, seulement 10 % avaient moins de 18 ans. Un constat partagé par Philippe Lévêque, le directeur de l’ONG CARE France, de retour de Serbie et de Croatie. "Contrairement à l’été dernier, on observe beaucoup plus de mineurs. Il y a quelques jeunes femmes qui vont chercher à se rapprocher d’une famille pour se sentir en sécurité. Les jeunes hommes, eux, restent entre eux", témoigne-t-il.

500 mineurs pris en charge chaque jour en France

Des attitudes qui ne doivent rien au hasard. Selon l'agence de coordination policière Europol, plus de 10.000 enfants migrants non accompagnés ont disparu en Europe sur les 18 à 24 derniers mois. En cause : des failles administratives au sein de l’Union Européenne, des retrouvailles avec leurs familles non-signalées, mais aussi une exploitation à des fins criminelles. Esclavagisme, trafic d’organes, prostitution... Selon Europol, une "infrastructure criminelle" paneuropéenne sophistiquée vise désormais les migrants à diverses fins. "Ce chiffre met le doigt sur un problème dramatique", relève pour metronews Pierre Henry, le directeur général de France Terre d’Asile qui "espère que ces 10.000 mineurs disparus en Europe vont réveiller quelques consciences."

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D’ici là, France Terre d’Asile s’active sur le terrain. Chaque jour, de Paris à Calais, environ 500 mineurs sont pris en charge. "Leur histoire fait partie de leur traumatisme et le boulot de nos équipes est d’aider à les reconstruire." "Les garçons n’hésitent pas à nous dire qu’ils se sont fait tabasser, arnaquer... Souvent, ils n’ont plus d’argent et ils vont être pris en charge par des mafieux ou n’auront d’autres ressources que de commettre des petits vols ou arnaquer d’autres migrants", abonde Philippe Lévêque.

Malgré le drame éprouvé par ces enfants, leur avenir reste à écrire. "Ils nous disent qu’ils veulent étudier, travailler. Ils ont une formidable énergie", relève Pierre Henry, pour qui le rôle des autorités est désormais crucial. "Il faut construire des centres d’accueil, d’orientation et de répartition aux frontières de l’Europe. C’est donc une question de moyens, de volonté politique." Malgré l’insécurité avec laquelle rime réfugiés, évoquée de Calais à Cologne ? Un faux problème, selon France Terre d’Asile : "Ces questions sont indéniables et nécessaires. Mais sécuriser nos compatriotes n’a jamais empêché d’accueillir dignement !"

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