Paris : cinq questions sur le grand centre orthodoxe qui sera inauguré mercredi sans Poutine

Paris : cinq questions sur le grand centre orthodoxe qui sera inauguré mercredi sans Poutine

RELIGION - Le majestueux centre spirituel et culturel orthodoxe russe sera inauguré ce mercredi 19 octobre à Paris, sans Vladimir Poutine en raison de sa brouille diplomatique avec François Hollande. Situé en bord de Seine, dans le chic VIIème arrondissement, le complexe a été au cœur de toutes les attentions. Voici les cinq choses à savoir sur ce projet chapeauté par le président russe lui-même.

À quoi ressemble ce centre culturel orthodoxe ?

C’est sur un terrain de 8400 m2, situé quai Branly et à mi-chemin de la Tour Eiffel et des Invalides, que le centre spirituel et culturel orthodoxe russe sera inauguré ce mercredi 19 octobre. Ce complexe (photo ci-dessous prise durant les travaux, le 17 avril dernier), d’une valeur estimée à 170 millions d’euros selon l'ambassadeur de la Fédération de Russie en France, Alexandre Orlov, accueillera en son sein une imposante église coiffée de cinq bulbes caractéristiques de l'architecture religieuse russe, une école primaire franco-russe d’une capacité de 150 élèves, un centre culturel avec une librairie, des salles d'exposition, un centre paroissial et un café.

Quelle est l’histoire (mouvementée) de ce projet ?

Voilà près de dix ans que le projet a été acté. Il est né notamment à l’occasion de la venue en France en 2007 du patriarche de l'Eglise orthodoxe russe, Alexis II. Mais le décès de ce dernier l'année suivante n’a en rien affecté la construction du nouvel édifice orthodoxe en plein Paris. En effet, le Président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait "bien accueilli" le projet, notamment pour promouvoir un  rapprochement entre Paris et Moscou.


Le terrain est donc acheté en 2010 et la construction confiée dans un premier temps à l’architecte russo-espagnol Nunez Yanowsky. Mais l’œuvre imaginée par ce dernier n’est pas du goût de Bertrand Delanoë, alors maire de Paris. Celui-ci la trouve pas assez esthétique compte tenu de son implantation, un périmètre classé à l’Unesco. L’architecte Jean-Michel Wilmotte succèdera alors à Nunez Yanowsky à la tête du chantier,  réalisé par Bouygues. La première pierre a été posée en avril 2014. 

Pourquoi a t-il hérité du statut de bien diplomatique?

Ce complexe flambant neuf s’ajoute à la centaine de biens que la Fédération de Russie possède à l’étranger. Mais depuis quelques années maintenant, l’État russe est en conflit judiciaire avec  la compagnie pétrolière Ioukos : l’entreprise nationalisée en 2003 par Moscou tente depuis de saisir juridiquement les biens russes disséminés un peu partout dans le monde. Et la toute nouvelle église parisienne est justement dans son viseur. 


Mais si la bataille judiciaire a dans un premier temps donné raison à Ioukos, à la faveur d’un arbitrage international sommant le Kremlin de dédommager l’entreprise à hauteur de 50 milliards de dollars (37 milliards d'euros), une décision du tribunal de la Haye est venue annuler ce premier arbitrage en 2014. 


En attendant le jugement en appel, la Russie a réussi en mai dernier à faire reconnaître le futur centre culturel orthodoxe du quai Branly comme bien diplomatique, rendant ainsi toute saisie impossible. Comme l’explique la Croix, les avocats du Kremlin se sont appuyés sur l'application du "droit de chapelle", une jurisprudence remontant à 1924, qui octroie aux missions diplomatiques le droit de faire construire une chapelle et d'en faire usage. 

Pourquoi ce projet était-il aussi important pour Poutine?

Même s'il ne sera finalement pas présent à son inauguration, en raison de sa brouille diplomatique avec François Hollande, Vladmir Poutine aura réussi son coup : imposer un fastueux bâtiment aux couleurs de l'orthodoxie slave en plein coeur de Paris. Envoyant ainsi un message clair sur l'étendue de l'influence russe. D'autant que l'emplacement de ce centre orthodoxe est hautement stratégique. D'une hauteur de 36 mètres, le dôme principal bénéficie d'une visibilité inouie depuis les quais de Seine. D'autre part,  Il est situé à proximité de plusieurs bâtiments officiels français, comme des ministères ou l'Elysée. 

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Pourquoi ce centre ne fait-il pas l'unanimité au sein de la communauté orthodoxe russe en France ?

Cette nouvelle implantation ne fait toutefois pas pas que des heureux parmi les orthodoxes d'origine russe en France.

Ceux liés à l'archevêché de la rue Daru à Paris, qui dépendent du patriarcat œcuménique de Constantinople, peuvent voir d'un mauvais œil cette extension du territoire de l’Église de Moscou, jugée plus conservatrice et nationaliste. 


D'autant que le patriarcat de toute la Russie, qui rassemble la moitié des 250 millions d'orthodoxes dans le monde, a déjà repris en 2011 la tutelle de la cathédrale Saint-Nicolas de Nice, au terme d'une âpre bataille judiciaire. "Il existe en France une orthodoxie qui a fait le choix de la discrétion, de l'intégration, et qui ne devrait pas être tributaire de cette démonstration un peu tapageuse tout de même", a estimé à quelques jours de l'inauguration le spécialiste des religions Jean-François Colosimo.

 

Antoine Arjakovsky, autre historien de l'orthodoxie lié à l'archevêché de la rue Daru, a de son côté pointé l'"ambiguïté problématique et étrange" du nouveau centre russe du quai Branly, "qui mêle le religieux et le politique à deux pas de l’Élysée et du ministère des Affaires étrangères", alors même qu'il existe en Russie une séparation des Églises et de l’État.

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