Plus de 900 groupuscules extrémistes racistes : qui sont les suprémacistes blancs aux Etats-Unis ?

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IDÉOLOGIE – Une manifestation de suprémacistes blancs a dégénéré samedi 12 août à Charlottesville, aux Etats-Unis. Un jeune homme d’une vingtaine d’années a foncé sur des manifestants antiracistes, tuant une personne. Mais qui sont les membres de ces groupuscules d’extrême droite ? Eléments de réponse avec Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis.

Depuis l’élection de Donald Trump, les groupuscules d’extrême droite ne se sont jamais aussi bien portés et les suprémacistes blancs ne se cachent plus. Le rassemblement du samedi 12 août 2017 à Charlottesville (Virginie, Etats-Unis) en témoigne. Organisé par le mouvement d’extrême droite baptisé Alt right afin de dénoncer le projet de démontage de la statue d’un général sudiste favorable à l’esclavage, il a réuni quelque 6000 personnes. 


"En comparaison, la manifestation qui se tenait en Caroline du Sud,  le 22 juin 2016, pour protester contre le retrait du drapeau confédéré au parlement local (controversé pour son rattachement à l’esclavagisme et à la violence raciale) n’avait réuni qu’une centaine de personnes", explique à LCI Jean-Eric Branaa, maître de conférences des questions relatives à la société et à la politique des Etats-Unis à l’université Panthéon-Assas (Paris 2). Preuve que désormais, les manifestants sont prêts à faire des centaines de kilomètres pour faire entendre leur idéologie. C’est le cas de James Alex Fields Jr, un jeune homme de 20 ans, qui a parcouru plus de 500 km pour rejoindre Charlottesville. Sur place, il a foncé à bord de sa voiture sur des manifestants antiracistes, tuant 1 femme de 32 ans et blessant 19 autres personnes. 

Plus de 900 groupuscules

Derrière le rassemblement à Charlottesville se trouve toute la droite radicale américaine : du Ku Klux Klan (KKK) aux néo-nazis, en passant par Alt Right dont une partie des membres avaient soutenu Donald Trumps lors de l’élection présidentielle. "Leur idéologie de droite radicale qui prône l’exclusion des communautés et la suprématie blanche est leur point commun, résume Jean-Eric Branaa. En revanche, ils n’ont pas forcément les mêmes intérêts, ni les mêmes moyens." 


Aujourd’hui, on ne sait pas combien ils sont mais le Southern Poerty Law Center (SPLC), une organisation à but non lucratif basée en Alabama et spécialiste de la lutte contre le racisme, répertorie plus de 900 groupuscules d’extrême-droite aux Etats-Unis. Et depuis 2000, leur nombre aurait augmenté de 69% avec un bond de 14% enregistré, rien que sur l’année 2015.  Voici une carte de leur répartition :

De la classe ouvrière aux intellectuels

Ce boom s’explique par plusieurs facteurs. La crise économique d’abord. "De nombreuses études montrent que la classe ouvrière blanche américaine souffre de plus en plus, détaille Mark Potok, l’auteur du rapport de SPLC. Les salaires réels sont en baisse depuis des années, le nombre de suicides et de morts par overdose augmente, les personnes les moins diplômées ont de plus en plus de mal à gagner leur vie et les inégalités de salaires ont atteint des niveaux historiques. Bien sûr, tout ceci vaut pour toutes les minorités, mais les difficultés que rencontrent les Blancs, qui ont historiquement été plus privilégiés, alimentent une vraie colère."

L'élection de Donald Trump a également joué un rôle. "C’est vrai que pendant très longtemps, le suprémacisme blanc concernait essentiellement la classe sociale blanche ouvrière mais ils sont rejoints par beaucoup d’intellectuels", analyse Jean-Eric Branaa, qui estime qu’il n’y a plus de réalité sociologique. Ainsi, Stephen Banon (appelé Steve Banon), bras droit de Donald Trump, s’est notamment illustré en reprenant la direction de Breitbart News, un site qui estime que "l’identité blanche" est menacée par le multiculturalisme. Sebastian Gorka, le conseiller à la sécurité du président américain y a également travaillé. Stephen Miller, qui écrit les discours de Donald Trump  est connu pour être un proche de l’extrême droite. 

En septembre 2016, une équipe de Sept à huit avait accompagné des "klan men", membres de Ku Klux Klan en Géorgie. En voici un extrait :  

Normalement nourrie par une profonde défiance envers l’Etat et le gouvernement, l’extrême droite américaine a désormais un allié de poids : le président lui-même. "Ses attaques contre les immigrés mexicains et les musulmans ont attisé la haine et le rejet de l’autre, décrypte  le spécialiste des questions américaines. Cette partie de l’électorat de Donald Trump s’est senti galvanisé après que leur champion a gagné et comme il ne souhaite pas perdre leurs votes, il ne les condamnera sûrement pas ". 

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