Qui est Mokhtar Belmokhtar, l'insaisissable chef djihadiste déjà donné mort plusieurs fois ?

PORTRAIT - Le djihadiste d'origine algérienne, rallié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avant de créer son propre groupe, aurait été tué par une frappe aérienne française en Libye. Une information annoncée par Washington ce lundi mais à prendre avec des pincettes, tant ce chef de guerre a souvent été annoncé mort.

L'armée française aurait réussi à mettre la main sur l'insaisissable Mokhtar Belmokhtar. Le chef djihadiste algérien aurait été récemment visé par une frappe aérienne qui l'aurait tué, affirme ce lundi un responsable américain. Si elle venait à être confirmée, cette information signerait la fin d'une très longue chasse à l'homme. Celui qu'on surnomme "Le borgne", et dont la tête a été mise à prix pour cinq millions de dollars par Washington, sévit en effet depuis plusieurs années sur les différentes terres du djihad. Et il a déjà été annoncé mort à plusieurs reprises.


Né en juin 1972 à Ghardaïa, aux portes du Sahara, Mokhtar Belmokhtar a tout d'abord combattu en Afghanistan en 1991, où il a perdu un œil. De retour en Algérie en 1993, au début de la guerre civile, il rejoint le Groupe islamique armé (GIA, démantelé en 2005), et crée une unité basée principalement dans le Sahara. En 1998, il entre au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), une dissidence du GIA soutenue par le chef du réseau Al-Qaïda, Oussama ben Laden. Belmokhtar règne alors en maître sur les routes clandestines du grand Sud saharien, se livrant à des attentats, financés par des activités de contrebande, notamment de cigarettes. Il établit des liens avec les tribus qui le préviennent des mouvements des forces de sécurité.

"Signataires par le sang"

En 2001, il rencontre au Sahara Amari Saïfi, alias Abderrezak El-Para, le numéro deux du GSPC, en route pour acheter des armes au Mali. Les deux hommes entrent ensuite en concurrence pour le contrôle de la zone. Après l'arrestation de son rival, auteur de l'enlèvement de 32 touristes européens en 2003 dans le Sahara algérien, et livré à Alger en 2004, "Le borgne" se replie dans le désert du nord du Mali, qu'il transforme en sanctuaire. Il y lie entre autres de solides alliances en épousant des femmes de tribus touareg ou arabe. Au début de la rébellion touareg qui ouvrira la voie à la conquête djihadiste du nord du Mali, Belmokhtar achète des armes en Libye. Entre avril et juin 2012, il est vu à au moins deux reprises à Gao et Tombouctou, aux côtés des islamistes d'Ansar Dine. 


Après sa destitution en octobre 2012 par le chef d'Aqmi pour insubordination, il crée sa propre unité combattante, les "Signataires par le sang". Son groupe va très vite se faire connaitre : en janvier 2013, quelques jours après le lancement, à l'initiative de la France, de l'opération Serval pour chasser les djihadistes du Nord-Mali, il revendique l'attaque et la prise d'otages sur le complexe gazier d'In Amenas, dans le Sahara algérien (38 otages et 29 ravisseurs tués). Puis, en mai 2013, deux mois après avoir été annoncé mort par l'armée tchadienne, il revendique des attaques contre l'armée nigérienne et le site français d'uranium d'Areva à Arlit. Bilan : une vingtaine de morts au total. Condamné à mort à deux reprises par la justice algérienne, il aurait également commandité l'assassinat de quatre Français en Mauritanie en décembre 2007.


En août 2013, son groupe fusionne avec une partie du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) - un des groupes qui ont contrôlé le nord du Mali en 2012 - sous le nom d'"Al-Mourabitoune". Ce dernier revendique le premier attentat ayant frappé des Occidentaux à Bamako, le 7 mars, pour venger l'un de ses dirigeants, tué par l'armée française en décembre 2014 dans le nord du Mali, et le prophète de l'islam "de l'Occident mécréant qui l'a insulté et moqué". Une référence aux caricatures publiées par l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo.

Le jihadiste Mokhtar Belmokhtar probablement mort

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