Qui est Raif Badawi, le blogueur saoudien condamné à 1000 coups de fouet ?

Qui est Raif Badawi, le blogueur saoudien condamné à 1000 coups de fouet ?

PORTRAIT - Raif Badawi a été condamné en novembre à dix ans de prison et 1000 coups de fouet répartis sur 20 semaines pour "insulte à l'islam". Au grand dam des défenseurs des droits de l’homme, qui s’inquiètent pour sa vie et dénoncent "un dossier complètement vide".

Le 11 janvier dernier, une cinquantaine de dirigeants ont défilé à Paris pour défendre la liberté d’expression. Parmi eux, Nizar al-Madani , numéro deux de la diplomatie en Arabie saoudite. A-t-il aperçu les quelques "Je suis Raif Badawi" qui s’étaient glissés dans la marée de pancartes en hommage à Charlie Hebdo ? Un second slogan pour un combat qui avait toute sa place ce jour-là dans les rues de la capitale française : celui pour Raif Badawi, un blogueur saoudien condamné à dix ans de prison et à 1000 coups de fouet.

Le calvaire de Raif Badawi débute en 2008. A l’époque, ce blogueur, aujourd'hui âgé de 31 ans, anime depuis deux ans le site Internet Liberal Saudi Network, destiné à débattre de sujets de société. "Comme d’autres pays dans le sillage du printemps arabe, la société civile en Arabie saoudite commence alors à se mobiliser", nous explique Nicolas Krameyer, responsable du programme Personnes en danger et liberté d'expression chez Amnesty International. Une lutte 2.0 qui dérange le royaume ultraconservateur d’Arabie saoudite, berceau du wahhabisme, une version rigoriste de l’islam.

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"Nous avons vraiment peur pour sa vie"

"En 2011, un imam a lancé une fatwa contre Raif Badawi, poursuit Nicolas Krameyer. Le ministère public a alors décidé de le faire juger et la justice a retenu comme chefs d’inculpation l’insulte à l’islam et le manque de respect à son père. Or le dossier est complètement vide ! Le peu de faits qui lui sont reprochés tient en deux ou trois posts sur Internet.”

En novembre dernier, Raif Badawi est pourtant condamné à dix ans de prison et à une amende d’environ 228.000 euros pour "insultes à l’islam". Mais ce sont les 1000 coups de fouet, répartis sur vingt semaines, qui scandalisent l’opinion publique à partir du 9 janvier. Ce jour-là, le condamné reçoit une première série de coups en public, à Djedda. Une deuxième salve était prévue vendredi 16 janvier. Elle a été annulée, au même titre que celle prévue ce vendredi. "Le médecin qui l’a examiné peu avant la seconde séance a recommandé aux autorités le report au vu de son état de santé, assure Nicolas Krameyer. Après les 50 premiers coups, les témoins avec lesquels Amnesty a pu s’entretenir ont clairement pu dire que son état de santé était profondément dégradé. Nous avons vraiment peur pour sa vie."

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Réfugiée au Québec avec ses trois enfants, son épouse, Ensaf Haidar, craint "que son mari ne puisse supporter physiquement une deuxième série de coups de fouet". Les gouvernements des Etats-Unis, du Canada, de l’Italie, des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la Norvège ont quant à eux fermement condamné la flagellation de Raif Badawi. Quid de la France ? Du côté du Quai d’Orsay, on se dit "préoccupé" et on demande le "réexamen de [sa] situation". Une prise de position trop timide au goût d’Amnesty, qui rappelle les liens économiques entre les deux Etats en matière de ventes d’armes : “D’autres pays ont haussé le ton et la France se grandirait à adopter un ton similaire. Notamment car elle a permis à l’Arabie saoudite de défiler le 11 janvier.”

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