Report des élections régionales au Venezuela : un scénario idéal pour l'impopulaire président Maduro

Report des élections régionales au Venezuela : un scénario idéal pour l'impopulaire président Maduro

AUBAINE - Attendues en décembre, les élections régionales ont été finalement reportées "à la fin du premier semestre 2017". Une aubaine pour le président Maduro, sous la menace d'un référendum révocatoire.

Coup de Trafalgar ou simple coïncidence? Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a sûrement du se réjouir de la décision de la commission électorale du Vénézula (CNE), ce mardi 18 octobre, de reporter les élections des gouverneurs des régions, initialement attendues en décembre, "à la fin du premier semestre 2017". En effet, sous la menace d'une révocation présidentielle depuis quelques mois, le président socialiste avait toutes les raisons de craindre ces élections régionales. Une défaite aurait pu définitivement sonner le glas de sa légitimité, et précipiter sa chute. 

Un régime clairement hors de la ConstitutionCoalition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), parti d'opposition au pouvoir

Les gouverneurs des 23 Etats du pays, dont 20 sont socialistes, sont élus pour quatre ans. Leurs mandats devaient s’achever début janvier, ce qui donnait à penser que les élections auraient lieu en décembre. Mais la présidente de la commission électorale, Tibisay Lucena, que l’opposition accuse de proximité avec le pouvoir, n'a avancé aucun motif pour justifier ce report lors de son annonce sur le télévision d'État. Des responsables vénézuéliens ont seulement déclaré que des mesures exceptionnelles étaient nécessaires en raison de la "guerre économique" que conduiraient les Etats-Unis contre le Venezuela. Un refrain distribué en boucle par le pouvoir vénézuelien depuis l'ère Chavez pour se départir de toute responsabilité. 


Mais de son côté l'opposition, qui réclame à cor et à cri une consultation populaire au sujet d'une révocation de Nicolas Maduro, dont le mandat s’achève en 2019, n'est pas dupe. Dans un communiqué, la coalition de la Table pour l’unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, a jugé que cette mesure s’inscrivait "dans le cadre dangereux d’un régime clairement hors de la Constitution". Autrement dit, l'opposition accuse le pouvoir de bousculer l'agenda électoral à ses desseins. 

Course contre la montre

La MUD accuse en effet depuis des mois le pouvoir d'user de manœuvres politiques dilatoires pour retarder le processus de référendum révocatoire. La commission électorale avait annoncé, en septembre, qu'un référendum à ce sujet, s’il avait lieu, se tiendrait à la moitié du premier trimestre 2017. Du 27 au 29 octobre,  la MUD tentera d'ailleurs de réunir quatre millions de signatures en faveur de cette consultation, dernière étape avant de pouvoir convoquer le référendum. Car pour l'opposition, une course contre la montre a d'ores et déjà débuté.

 

La date du 10 janvier 2016 (qui aurait dû correspondre à la fin du mandat d’Hugo Chavez s’il n’était pas décédé en 2013) constitue en effet une date-clé. Une fois passée, même si le "oui" l'emportait lors d'un éventuel référendum, se traduisant ainsi par le départ de Nicolas Maduro, son succès ne provoquerait que le remplacement du chef de l’Etat par son vice-président, lui aussi du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), au pouvoir depuis 1999."Ce qui risque vraisemblablement d'arriver, avance Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l'Amérique latine contacté par LCI. "Même si l'opposition recueille le nombre de signataires requis, soit 20% du corps électoral comme le prévoit la Constitution, il y aura toute une serie de vérifications à faire, sur les identités, l'authenticité des signatures, etc. Et avec une échéance de seulement deux mois, cela paraît bien compliqué", conclut-il.  Un scénario qui doucherait les espoirs d’alternance politique dans ce pays en profonde crise économique.

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