Séismes en série au Japon et en Equateur : "Ce ne sont que des coïncidences"

Séismes en série au Japon et en Equateur : "Ce ne sont que des coïncidences"

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PLANETE - Après les séismes au Japon jeudi et vendredi, c'est l'Equateur qui a tremblé samedi, faisant de nombreux morts. Ces deux catastrophes sont-elles liées ? Deux sismologues expliquent ces phénomènes pour metronews.

C'est la loi des séries dramatiques. L'Equateur a été secoué samedi par un violent séisme de magnitude 7,8. Au moins 77 personnes ont péri, 588 ont été blessées et les dégâts sont nombreux dans plusieurs provinces du pays. Deux jours plus tôt, c'était le Japon qui tremblait, faisant au moins 41 morts et 2 000 blessés. L'un est-il la cause, ou la conséquence de l'autre ? Pascal Bernard, sismologue et physicien à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), et Robin Lacassin, directeur de l'équipe de tectonique à l'IPGP et directeur de recherche au CNRS, répondent aux questions de metronews.

Peut-on considérer que le tremblement de terre en Equateur est une conséquence de celui qui s'est produit au Japon ?
Pascal Bernard : Il n'y a pas de lien entre le tremblement de terre qui s'est produit jeudi au Japon et celui qui a secoué l'Equateur la nuit dernière. Les distances sont bien trop grandes. Concernant l'Equateur, la faille était prête à casser. Elle est comprimée depuis des dizaines d'années, près d'un siècle en réalité. D'une longueur de 50 à 100 kilomètres, elle a lâché tout d'un coup.

Robin Lacassin : Un séisme de magnitude importante peut effectivement en déclencher un autre. Le mécanisme est le suivant : la rupture sismique sur une faille géologique modifie les forces à son voisinage. Ceci peut amener d'autres failles à rompre. C'est ce qui s'est passé au Japon. A des distances plus importantes, comme entre le Japon et l'Equateur, on ne connaît pas de mécanisme physique simple d'interaction.

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Ce dimanche, les îles Tonga, dans le Pacifique sud, ont été secouées par un tremblement de terre. Fin mars, le Mexique connaissait une impressionnante éruption volcanique. Ces événements à répétition n'ont-ils pas un lien ?
Pascal Bernard : Ce ne sont que des coïncidences. S'il y a eu un effet, il reste minime. Le séisme en Equateur aurait eu lieu de toute façon. Ces événements n'ont été que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. De manière générale, les effets d'un séisme sont de courte distance, d'une dizaine à une centaine de kilomètres, et ses répercussions de courte durée. Par ailleurs, une éruption volcanique a peu d'effet mécanique sur des failles lointaines. Si elle peut exercer une pression sur la croûte terrestre, l'effet ne se fait ressentir que sur la faille du volcan, ou à ses abords, de l'ordre de 5 à 10 kilomètres, mais pas plus loin.

Robin Lacassin : Au Japon, le Volcan Aso, à proximité immédiate de la faille qui a rompu, est entré en éruption modérée. Il est possible qu'elle ait été déclenchée par le séisme. On peut même envisager le contraire : une éruption en préparation en profondeur aurait pu modifier les forces sur la faille et ainsi déclencher les séismes. Ces liens devront être explorés par les chercheurs. Pour l'Equateur, au moins deux volcans ont été en éruption récente, Cotopaxi et Tungurahua - ce dernier il y a un mois. Mais il n'y a probablement pas un lien immédiat entre ces éruptions et le séisme d'aujourd'hui. Par contre, il y a un lien géologique évident : les deux sont dus au mouvement des plaques. Au niveau de la côte ouest de l'Amérique du sud, la plaque océanique de Nazca s'enfonce sous la plaque Amérique à la vitesse moyenne de plusieurs centimètres par an. C'est ce phénomène tectonique qui produit à la fois les séismes et le volcanisme.

D'autres tremblements de terre sont-ils à craindre dans les prochains jours ?Pascal Bernard : En règle générale, on peut s'attendre à des répliques. Dans le cas de l'Equateur, tous les spécialistes s'attendent à une réplique autour d'une magnitude 7. Mais elle peut être plus ou moins forte. On appelle ça une cascade de séismes, avec un effet domino. Quand une faille casse, elle en déforme une autre, et les forces sont redistribuées sur les failles voisines. Les vibrations émises les fragilisent. Si elles sont à la limite de la rupture, elles cassent.

Robin Lacassin : C'est ce qui s'est passé au Japon avec une séquence de trois séismes importants, deux de magnitude d'un peu plus de 6 puis un de magnitude 7,3. Les deux premiers sont considérés comme des séismes précurseurs du choc principal. De très nombreuses répliques ont suivi cette séquence de séismes.

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