Enfants soldats, nettoyage ethnique : au Soudan du Sud, un nouveau Rwanda se prépare

Enfants soldats, nettoyage ethnique : au Soudan du Sud, un nouveau Rwanda se prépare

HAINE ETHNIQUE - La guerre civile au Soudan du Sud risque-t-elle de se transformer en génocide ? C'est la crainte exprimée par les experts de l'ONU, ce jeudi, après une mission de 10 jours dans ce pays en conflit depuis 2013. LCI fait le point.

"De nombreux signaux d'alerte d'un génocide imminent sont déjà présents : un conflit en cours, des identités ethniques polarisées, une déshumanisation, une culture du déni, des déplacements de population sur la base de l'ethnie et dans certains cas des indications de violations systématiques ainsi que d'une planification", a alerté  la cheffe d'une délégation du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, Yasmin Sooka, jeudi 1er décembre 2016, à l'issue d'une enquête de dix jours dans le pays, rongé par la guerre civile. LCI fait le point sur la situation politique dans ce pays d'Afrique orientale. 

Pourquoi les experts de l'ONU évoquent un "génocide imminent" ?

Dans plusieurs zones du Soudan, un "processus de nettoyage ethnique" est déjà en cours s'alarment les experts de l'ONU, qui se traduit notamment par la "faim extrême, des viols collectifs et la destruction de villages". Pour Yasmin Sooka, "partout où nous sommes allés dans le pays, nous avons entendu des villageois dire qu'ils étaient prêts à répandre du sang pour récupérer leurs terres". 


Elle évoque "des niveaux sans précédent de violences et de tensions ethniques", dans tout le pays. Pour la responsable, avec le retour de la saison sèche, les combats devraient s'intensifier. Elle soutient également que les forces fidèles au président Salva Kiir et les rebelles fidèles à l'ancien vice-président Riek Machar recrutent de nouveaux soldats sous la contrainte, dont notamment des enfants. Après trois ans de guerre civile,  tous les indicateurs d'alerte se rejoignent "pour que ce qui s'est passé au Rwanda se répète", expliquent les experts.  

Beaucoup [de villageois] nous ont dit que le point de non-retour avait été atteint.Yasmin Sooka, chef de la délégation du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme

Les Etats-Unis ont aussi mis en garde, le 29 novembre 2015, contre une hausse attendue des violences. "Nous avons des informations crédibles selon lesquelles le gouvernement sud-soudanais cible actuellement des civils dans (la région de) l'Equateur central, et se prépare pour des attaques à grande échelle dans les jours et les semaines à venir", a déclaré à Genève Keith Harper, le représentant américain au Conseil des droits de l'Homme. Selon ce dernier, 4000 miliciens auraient été mobilisés par le gouvernement de Salva Kiir. 

A quand remonte la guerre civile, qui déchire le pays ?

 Le plus jeune pays du monde est rongé par le conflit entre Salva Kiir et Riek Machar. La rivalité politique entre les deux hommes n'est pas nouvelle et remonte à la guerre d'indépendance menée par le Sud contre Khartoum de ces vingt dernières années qui a fait des millions de morts, relate Le Figaro. 


Indépendant du Soudan depuis 2011, ce nouveau pays de 12 millions d'habitants sombre de nouveau dans la guerre, en 2013, et plus précisemment en juillet, quand le président Salva Kiir décide de démissionner son vice-président Riek Machar, ainsi que le reste du gouvernement. Riek Machar fuit alors le pays et appelle l'armée à renverser le chef d'Etat, poursuit Le Figaro


Quelques mois plus tard, en décembre 2013, des combats éclatent ainsi dans la capitale du Soudan du Sud, Djouba, opposant les partisan de Salva Kiir et les solats fidèles à Riek Machar. Et le bras de fer politique entre les deux hommes se transforme en guerre civile. Le président Salva Kiir dénonce une tentative de coup d'Etat, alors que Riek Machar accuse son rival de vouloir "allumer une guerre ethnique"

Quels sont les groupes ethniques qui s'opposent ?

La rivalité entre les deux hommes a réveillé les dissenssions entre les deux principaux groupes ethniques d'un pays de 8,5 millions d'habitants qui en recenserait 62 : les Dinkas de Salva Kiir, majoritaires, et les Nuers de Riek Machar. A l'époque de la lutte pour l'indépendance du Soudan du Sud, des tensions entre ces deux groupes avaient déjà éclaté en donnant lieu "à des épisodes sanglants", où les conflits ethniques ont été "attisés et exploités politiquement", explique Libération. En 1991, alors qu'il venait de faire sécession, les troupes de Riek Machar avaient massacré environ 2000 Dinkas dans la localité de Bor. 



En avril 2014, l'ONU avait accusé les troupes de Salva Kiir et de Riek de viser directement des civils sur la base de leur appartenance ethnique. Quand les troupes de Riek Machar "ont pris Bentiu […], elles ont fouillé un certain nombre d’endroits où des centaines de civils sud-soudanais et étrangers avaient trouvé refuge et ont tué des centaines de ces civils après avoir établi leur appartenance ethnique ou leur nationalité" soit des Dinkas, expliquait alors la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) d'après Jeune Afrique. "A l’hôpital de Bentiu, des hommes, femmes et enfants nuer ont été tués parce qu’ils se cachaient et refusaient de rejoindre d’autres Nuer célébrer l’entrée" des rebelles dans la localité, avait ajouté la mission.

Entre 50.000 et 300.000 morts 2,5 millions de déplacés 15.000 enfants soldats

Que demande l'ONU ?

Face au risque d'escalade du conflit, les experts de l'ONU ont renouvelé un appel en faveur d'un embargo sur les armes, de sanctions, du déploiement de 4000 soldats de maintien de la paix supplémentaires et de la création d'un tribunal spécial sur les crimes de guerre. 

Soudan du Sud : en juillet, après de violents combats à Juba, Salva Kiir ordonnait un cessez-le-feu

Et aussi

Les tags

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques