"Spotlight" : retour sur l’affaire de pédophilie qui a fait vaciller l'Eglise

"Spotlight" : retour sur l’affaire de pédophilie qui a fait vaciller l'Eglise

HISTOIRE - Tiré d'une histoire vraie, le film "Spotlight", qui a reçu dimanche soir l'oscar du meilleur film, raconte le scandale de pédophilie qui a impliqué la hiérarchie catholique à Boston et révélé au début des années 2000.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2002, les rotatives du Boston Globe tournent à plein régime. Le quotidien de la plus grand ville du Massachusetts s’apprête à dégainer le premier scoop d’une longue série – 250 articles au total – qui, au fil des mois, va lever le voile sur le plus grand scandale de pédophilie des Etats-Unis. Une affaire retentissante retracée dans Spotlight, long métrage pour lequel le réalisateur Tom McCarthy a reçu dimanche soir l'oscar du meilleur film.

Dans Spotlight, McCarthy raconte l’histoire de Marty Baron et ses journalistes. Début 2001, ce dernier demande en effet à cinq d’entre eux de stopper leurs recherches sur la police pour plancher sur une affaire de pédophilie qui implique alors un prêtre du diocèse de Boston, John Geoghan. Le directeur de la rédaction a du flair : les quatre reporters ouvrent la boîte de Pandore.

Réunion de crise au Vatican

Très vite, les témoignages affluent. Et ils sont tous édifiants : les journalistes – qui travaillent au sein de la cellule Spotlight, qui donnera son au film - découvrent que l’homme aurait violé 80 enfants au fil des ans. En outre, ils apprennent que l’Eglise aurait caché les agissements de plusieurs dizaines de prêtres. Quelque 1.500 victimes finissent par témoigner. Face à l'ampleur du scandale, l'Église catholique américaine rédige une Charte pour la protection des enfants et des jeunes, qui prévoit la suspension de la charge d'un prêtre dès la première accusation à son encontre, la saisine systématique de la justice civile et un accompagnement psychologique des séminaristes. 

Le scandale vient également taper à la porte du Vatican. En avril 2002, le pape Jean-Paul II convoque les 13 cardinaux des Etats-Unis pour une réunion exceptionnelle de crise. "Il n’y a pas de place dans la prêtrise ni dans la vie religieuse pour ceux qui font ou feraient du mal aux jeunes gens", assure alors le pape. Quelques mois plus tard, le cardinal Law, archevêque de Boston, démissionne.

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Environ 11.000 mineurs victimes

En 2004, une étude indépendante du John Jay College of Criminal Justice de New York achève d’enfoncer le clou : ce rapport établit à 4.400 le nombre de prêtres accusés d'abus sur des mineurs aux États-Unis entre 1950 et 2002. Soit 4% de l'ensemble des 110.000 prêtres en fonction pendant cette période. Le nombre de mineurs victimes de ces abus est évalué à 11.000, 67% ayant entre 11 et 17 ans. Les victimes des abus sexuels recevront des indemnités pour un total de 2 milliards de dollars.

Seul mérite de ce scandale sans précédent : améliorer la lutte contre la pédophilie de l'Eglise. En 2011, le Vatican a ainsi demandé à toutes les conférences épiscopales de collaborer avec les justices civiles et d'élaborer des normes contre les prêtres coupables ou soupçonnés; en 2013, le Saint-Siège a durci sa législation pénale, mettant fin à l'impunité de ses prélats; en 2014, une commission pontificale pour la protection des mineurs, constituée de 17 experts dont d'anciennes victimes, a été créée.

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