Syrie : le retournement turc, une victoire pour Vladimir Poutine

ÉDITO -C'est un tournant en Syrie : les rebelles ont perdu la plus grande bataille depuis le début du conflit, celle d’Alep. Et l’opposition à Bachar Al-Assad vient aussi de voir sa plus proche alliée, la Turquie, se ranger aux vues de l’adversaire, la Russie. Les Occidentaux n’y peuvent plus grand-chose : c’est désormais de Moscou que se pilotera l’éventuelle fin du conflit. Comme chaque semaine, lisez l'édito de Michel Scott, journaliste spécialiste de l'actualité internationale à TF1 et LCI.

L’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara le 19 décembre n’a pas livré ses secrets. Peut-être cela ne sera-t-il jamais le cas. On notera néanmoins la réaction assez modérée du Kremlin après ce que d’aucuns imaginaient pouvoir constituer un nouveau casus belli entre les deux pays. Loin d’en être un, ce tragique événement semble au contraire avoir donné un coup d’accélérateur au rapprochement déjà en cours depuis quelques mois.


Du côté turc, on remarquera la célérité avec laquelle le tueur a été associé au mouvement de Fethullah Gülen. Ce dernier a été depuis le 15 juillet promu au rang de menace terroriste numéro un par le régime de Recep Tayyip Erdogan. Supplantant pour la première fois le danger kurde dans la rhétorique officielle, le "terrorisme" güleniste avait un inconvénient : personne à part les Turcs ne le considère comme un danger mondial.  Alors que la Russie, grande réorganisatrice du jeu de carte régional, se trouve elle aussi victime de cette vilénie, cela ne peut qu’arranger les affaires d’Ankara. Cela resserre les liens autour d’un objectif commun, d’autant plus impérieux qu’il reste assez flou : la lutte contre la terreur. Quant aux Russes, ils y gagnent infiniment plus encore : un nouvel allié.

La Turquie a beaucoup perdu

En 5 ans de guerre en Syrie, la Turquie a beaucoup perdu. L’opposition à Bachar al-Assad s’est désagrégée au fur et à mesure qu’elle se radicalisait. L’aide occidentale à l’Armée syrienne libre, déjà très modeste, s’est délitée à la même vitesse, et précisément pour cette même raison. L’Iran est revenu avec force sur la scène régionale. La coalition internationale menée par Washington a fait du monde kurde un allié incontournable. 


Bref, rien ne va plus pour les ambitions néo-ottomanes d'Erdogan. L’isolement turc fragilise ce dernier. Comme le dialogue avec les Européens est décidément trop difficile et que les Américains sont désormais trop imprévisibles, le choix d’un rabibochage avec l’homme fort du moment, Vladimir Poutine, est donc la meilleure option. Et tant pis s’il faut abandonner pour cela les adversaires déjà moribonds du régime syrien. 

Les Occidentaux hors-jeu

L’illustration de ce retournement spectaculaire des intérêts turcs est intervenue au lendemain de l’assassinat de l’ambassadeur Karlov. La réunion tripartite Russie-Iran-Turquie prévue ce jour-là a bien eu lieu, scellant une nouvelle alliance autour d’un point d’accord : plus question d’évoquer le renversement de Bachar El Assad. Des pourparlers inter-syriens basés sur cette condition devraient avoir lieu à Astana au Kazakhstan sous l’égide des trois puissances régionales. 


Inutile d’insister sur l’absence quasi-totale des Occidentaux dans ce processus, qui réaffirme la nouvelle  donne au Moyen-Orient : la prépondérance de l’axe chiite et la puissance prescriptrice de l’ex Empire des Tsars.

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