VIDÉO - Référendum en Italie : Matteo Renzi, prochaine victime du populisme ?

DÉCRYPTAGE - Le chef du gouvernement a défendu bec et ongles le référendum qu'il soumet au peuple italien, ce dimanche, afin de stabiliser la vie politique du pays. A tel point qu'il envisage de mettre sa démission sur la table en cas de victoire du "non". Du pain béni pour ses (nombreux) opposants.

Matteo Renzi, prochaine victime du populisme ? Le chef du gouvernement italien marche sur des œufs à l'occasion du référendum constitutionnel qui se déroulera dimanche. L'objectif initial du scrutin, simplifier le processus législatif et stabiliser politiquement le pays, s’est en effet peu à peu transformé en un vote de confiance envers lui. En cause : la soif de pouvoir du Mouvement Cinq étoiles (M5S), le parti du tonitruant Beppe Grillo.


Porté par les succès du M5S dans une trentaine de villes du pays, l’humoriste populiste mène la fronde contre Matteo Renzi. Ce dernier s’est pris au jeu et les invectives sont allées crescendo entre les deux hommes, Beppe Grillo allant jusqu'à qualifier le Premier ministre de "truie blessée". Ce à quoi son adversaire a riposté en évoquant des scandales venus dernièrement ternir l'image d'intégrité du M5S. Sauf que cela n’a pas suffi à freiner l’élan populiste, galvanisé par le Brexit et par l'élection de Donald Trump. 

Une étrange "coalition"

D’ailleurs, les appels à voter "sì" au référendum lancés cette semaine par Barack Obama ou Angela Merkel n'ont fait que donner du grain à moudre à Beppe Grillo. Discrédité par le chantre virulent de l'anti-système, Matteo Renzi croule également sous les critiques d’une étrange "coalition" : l'extrême droite de Fratelli d'Italia, l'extrême gauche, mais aussi la Ligue du Nord xénophobe, auxquels s'ajoutent Silvio Berlusconi et Forza Italia. Tous estiment que la réforme constitutionnelle conduirait vers une concentration dangereuse des pouvoirs entre les mains du chef du gouvernement.


A quelques jours du scrutin, les derniers sondages - leur publication est désormais interdite - donnaient une avance de cinq à huit points au non. Un score inimaginable il y a encore quelques mois pour le Premier ministre, arrivé au pouvoir en 2014 en promettant ce référendum… et en nouant son avenir à son verdict, alors que rien ne l'y oblige d'un point de vue légal. "Je ne suis pas de ceux qui s'accrochent à leur fauteuil", a-t-il ainsi lancé lundi, laissant le champ libre à ses adversaires pour le transformer en bouc émissaire, occultant les enjeux "de fond" du vote. 

"Ne gaspillons pas l'occasion de changer l'Italie"

Des enjeux de taille : la réforme, qui vise à apporter plus de stabilité politique dans un pays qui a connu 60 gouvernements depuis 1946, veut réduire fortement les pouvoirs du Sénat. Ce dernier deviendrait une Assemblée territoriale non élue et non rémunérée de 100 membres (au lieu de 320), représentant les communes et les régions. Elle prévoit également que seule la chambre des députés voterait la confiance au gouvernement et la majorité des lois, une infime partie étant aussi de la compétence du Sénat. En outre, le chef du gouvernement voudrait abolir 110 provinces, dont les compétences seraient transférées aux 20 régions. 


On comprend mieux la levée de boucliers que ce projet suscite au sein des élus de tous bords, soucieux de préserver à l'avenir leur maroquin. "Ne gaspillons pas l'occasion de changer l'Italie. Il y aura un peu moins de politiciens et un peu plus de politique. Nous sommes dans la dernière ligne droite", a  lancé ce week-end Matteo Renzi devant quelque 2.000 sympathisants réunis dans le nouveau palais des congrès de Rome.

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