Au procès des parents d’Inaya, enterrée dans un bois à 20 mois, le portrait d’un couple "toxique"

Au procès des parents d’Inaya, enterrée dans un bois à 20 mois, le portrait d’un couple "toxique"

JUSTICE – Le procès en appel des parents d’Inaya, 20 mois, retrouvée enterrée dans la forêt de Fontainebleau un an après sa mort, a débuté jeudi aux assises de Bobigny. Les premiers témoignages dessinent le quotidien d’une famille rongée par la violence.

Condamnés en première instance en 2015 à 20 et 30 ans de réclusion criminelle pour la mort de leur fille Inaya, Bushra Taher Saleh et Grégoire Compiègne sont jugés en appel à partir de jeudi, aux assises de Bobigny. Accusés d’avoir tué Inaya, 20 mois, entre fin 2011 et début 2012, puis de l’avoir enterrée dans le bois communal d’Avon, près de la forêt de Fontainebleau, et d’avoir caché sa mort pendant un an, les ex-concubins risquent la prison à perpétuité.


Au cours de leur premier procès, éprouvant, les deux accusés se sont rejeté mutuellement la responsabilité du coup fatal qui a tué leur enfant. Jeudi, lors de la première journée du procès en appel, Bushra Taher Saleh, 30 ans, et Grégoire Compiègne, 28 ans, n’ont pas donné plus d’indices, mais les nombreux témoignages prononcés devant la cour décrivent la violence à l’œuvre au sein de ce couple.

Cette violence s’est d'abord exercée contre leur fils aîné, Naïm. Pour l’avoir frappé, Grégoire Compiègne a d'ailleurs été condamné en 2010 à six mois de prison ferme. Devant les policiers, Bushra racontera qu’elle aussi était frappée par son compagnon. Depuis cette période, les services sociaux suivaient la famille pour des faits de maltraitance sur les trois enfants, Naïm, Inaya et Yasmine. 


En mai 2010, Naïm, couvert de bleus, et Inaya, qui souffrait de malnutrition, ont du être hospitalisés et placés dans une famille d’accueil. Seize mois plus tard, fin 2011, sur le conseil des services sociaux qui estimaient le couple "stabilisé" après la naissance de leur troisième enfant, Yasmine, le juge des enfants renvoie les deux aînés dans leur foyer. Inaya est morte quelques semaines plus tard, entre fin décembre 2011 et fin janvier 2012, selon l’autopsie pratiquée un an plus tard.

En janvier 2013, Naïm a 5 ans. Une institutrice, constatant des marques sur son corps et ses absences répétées à l’école, fait un signalement aux services sociaux. C’est à ce moment que l’absence d’Inaya, la petite sœur est remarquée. C’est la mère, Bushra, qui, en garde à vue, avouera en premier la mort de la petite fille, intervenue un an auparavant. Elle accuse d’abord Naïm de l’avoir poussée, puis s’accuse elle, et finalement elle dit que c'est son compagnon, qui a porté les coups fatals à leur enfant.


Quand il apprend les aveux de Bushra, son compagnon Grégoire Compiègne lâche : "Je ne pensais pas qu'elle réussirait à en parler. " Pour certains témoins, cette phrase illustre l’emprise qu’il exerçait sur elle. Jusqu’ici, il niait la mort d’Inaya, affirmant qu’elle était "cachée" pour échapper aux services sociaux.

Les enfants nous faisaient des câlins à nous [les policiers], mais ils ne réclamaient pas leurs parentsUne policière citée comme témoin

Entendu par les enquêteurs qui apprennent la disparition d'Inaya, son grand frère Naïm décrit les coups. Une policière qui l’a interrogé raconte : "il disait 'papa a mis du sang partout', et nous désignait son nez". Naïm évoque, très approximativement, la dernière fois qu’il voit sa petite sœur, ses vêtements "avec des cœurs et avec des fleurs" et ce "médecin" qui met la petite fille dans un sac. Inaya sera effectivement retrouvée dans trois sacs-plastique, vêtue d’une tenue avec des fleurs et des cœurs, au fond d’un trou creusé à 800 mètres du domicile familial.


La même policière, qui évoque un "couple toxique", raconte que Bushra "avait peur de passer pour la gentille" avec ses enfants. Quand l’avocat général se demande pourquoi le couple veut à ce point récupérer ses enfants placés, tout en les maltraitant quand il parvenait à les avoir, elle n’a pas d’explication. "Les enfants nous faisaient des calins à nous (les policiers, ndlr), mais ils ne réclamaient pas leurs parents", explique-t-elle à la barre. 

En vidéo

Mort de la petite Inaya : le père condamné à 30 ans, la mère à 20 ans

Plus d'articles

Sur le même sujet

En ce moment

Rubriques