"C’est un peu comme si c’était notre fille" : comment le premier procès Fiona a passionné (et électrisé) la foule

JUSTICE - Le procès en appel de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, la mère et le beau-père de la petite Fiona, dont le corps n'a jamais été retrouvé, s'ouvre lundi devant la cour d'assises de Haute-Loire. En première instance, le public était venu nombreux et une ambiance électrique planait. Les avocats espèrent de futurs débats plus sereins.

Ce soir-là de novembre 2016, le verdict avait été accueilli dans un souffle de stupéfaction. Puis des voix s’étaient élevées et dehors, très vite, une foule compacte s’était formée. Elle s’était mise à hurler "à mort" et s’était ruée sur les fourgonnettes des condamnés pour cracher une haine mal contenue durant dix jours de procès. La foule n’avait pas compris : 20 ans de prison pour le beau-père Berkane Makhlouf, "coupable" des violences ayant entraîné la mort de Fiona, 15 de moins pour la mère Cécile Bourgeon, "acquittée" des coups mortels sur l'enfant. La justice n'avait retenu pour elle que les délits comme le recel de cadavre.


 "Lors de ce premier procès, il y avait une ambiance extrêmement lourde et pénible. Voir ces gens qui attendaient à l’extérieur, cette foule qui appelait au lynchage, c’était juste insupportable, se souvient Me Rodolphe Costantino, avocat de l’association Enfance et Partage, partie civile au procès. Peut-être n’avait-on pas alors mesuré l’impact que l’affaire avait pu avoir sur une population qui avait participé aux recherches (de la fillette) et qui était finalement partie prenante au procès. Cette partie s’y était invitée et on ne s'y attendait pas". 

"Rendre hommage à une petite princesse"

Tout au long du procès, la file du public devant le palais de justice de Riom n’avait en effet jamais désempli. Elle avait même grossi. Certains étaient des habitués, d’autres mettaient les pieds pour la première fois dans une cour d’assises. Tous disaient vouloir " rendre hommage" à une "petite princesse" et voir condamner "ses bourreaux". La "France de Fiona", comme l’avait justement qualifiée la journaliste Pascal Robert-Diard dans Le Monde, s’était appropriée l’affaire, au-delà parfois de toute raison. "J’ai posé des jours de congés pour pouvoir venir", nous racontait alors Etienne, un père de famille présent quotidiennement à l'audience. Sur son fond d’écran de portable, l'homme avait chargé la photo d'une autre enfant que la sienne, celle de Fiona barrée d’un Petit ange à jamais dans nos cœurs. "C’est un peu comme si c’était notre fille", confiait-il, bouillonnant chaque jour un peu plus sur le banc du public. Avant de lâcher, écœuré : "Ils ne diront jamais où ils l’ont enterrée". 


Si habituellement, les affaires criminelles passionnent, le procès Fiona a connu un retentissement exceptionnel dans la région de Clermont-Ferrand. Car avant les aveux du couple, qui avait tenté de faire croire à l’enlèvement de l’enfant, nombreux sont ceux qui s’étaient investis durant les recherches sur le terrain. Des comités de soutien s’étaient créés. "On a passé du temps. Certes, on ne nous avait rien demandé, mais si cela arrivait à mon enfant, j’aimerais que la population fasse de même", témoigne Stéphane, qui avait imprimé et distribué des affiches aux commerçants de la ville juste après la disparition. "Le jour où on a découvert le pot aux roses, on est tombés de haut", poursuit-il. A l’énoncé du verdict, Etienne, Stéphane et les autres se sont sentis "trahis" une seconde fois. 

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Affaire Fiona : le procès de la vérité

"Hystérie de la rue"

Les avocats avaient dénoncé "l’hystérie de la rue" et "l’air irrespirable" qui émanait de la salle d’audience durant les débats. "La justice doit se rendre de manière sereine, même quand les faits sont à ce point monstrueux", estime aujourd'hui Me Costantino. Les 140 kilomètres qui séparent Riom du Puy-en-Velay, ville où se tiendra à partir de ce lundi le procès en appel, devraient permettre d’apaiser les esprits.   

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Mort de Fiona : le procès en appel

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