Pickpockets à Disneyland Paris : la loi du silence se fissure dans le gang roumain au million d'euros de butin

Pickpockets à Disneyland Paris : la loi du silence se fissure dans le gang roumain au million d'euros de butin

JUSTICE - Un clan de Roumains comparaît à Meaux depuis ce mardi pour avoir organisé un réseau criminel familial très lucratif entre 2014 et 2016. Ils détroussaient les touristes à l'entrée de Disneyland Paris et dans le métro parisien. Le préjudice estimé est colossal : un million d'euros. Au bas mot.

"Tu es folle, tu vas me mettre en prison!" Marian Tinca est hors de lui. Dans le box, il vocifère, vitupère. Il racle le fond de sa gorge. Souffle fort. Et lance un regard noir à l'une de ses filles, 27 ans, debout devant lui. En pleurs, elle ne fixe que le tribunal, comme pour échapper aux huit paires d'yeux gorgés de reproches.


Ce mardi, Cerasella I., cette Roumaine aux longs cheveux châtains et à la queue de cheval décentrée, a livré un témoignage rare et précieux aux juges du tribunal correctionnel de Meaux (Seine-et-Marne). Celui d'une fille forcée de voler dès l'âge de 10 ans qui, à son tour, a contraint ses petites soeurs à vivre de la spécialité familiale : le vol à la tire. 

Patriarche agressif et violent

Malgré la pression du clan et la loi du silence propre à ces organisations criminelles familiales, Cerasella I. a dénoncé les pratiques de son père, présenté comme le "patriarche", réclamant des recettes de larcins toujours plus élevées avant de les dilapider dans les jeux et les casinos. "Il était agressif, violent", a-t-elle affirmé.


Le "patriarche", c'est Marian Tinca, soupçonné d'être aux commandes de cette famille originaire de Craiova qui a généré des recettes hallucinantes. L'enquête a ainsi établi qu'entre 2014 et 2016, lui et son ex-femme ont encouragé leurs 7 enfants (dont 3 jeunes mineurs) et leurs conjoints à commettre des milliers de vols pour un préjudice estimé à plus d'un million d'euros. Leur terrain de jeu ? Disneyland Paris et ses environs, ainsi que le métro parisien.


Le couple a éduqué ses propres enfants, les majeurs "encadrant" les mineurs, en véritables stakhanovistes du vol à la tire. Une de leurs filles, âgée de moins de 15 ans, a ainsi ramené entre 500 et 800€ chaque jour pendant six mois. Des montres, des bijoux, des sacs de luxe... Dans les bons jours, les jeunes pickpockets pouvaient ramener jusqu'à 2.000€.

Apprendre à voler avant de lire et compter

"Quelle était la vie d'un enfant dans votre famille?", interroge la présidente. "Ce n'était pas une enfance. Mon père allait faire de l'argent ailleurs. Ma mère vendait des vêtements sur le marché. Moi, je m'occupais de mes petits frères et soeurs", résume entre deux sanglots Cerasella I. Elle décrit une éducation où l'on apprend à voler avant de savoir lire ou compter.


La plupart des enfants reconnaissent les vols. Mais la solidarité familiale atténue la responsabilité des parents. Pourtant, l'enquête a montré qu'ils battaient parfois les plus petits lorsqu'ils ne ramenaient pas assez d'argent. Ce que le patriarche a vivement nié à l'audience, avant de se faire expulser temporairement à deux reprises par la présidente.

Jusqu'à 20 ans de prison

Son ex-femme, Maria Iamandita, se chargeait de son côté d'envoyer en Roumanie par mandats cash les recettes des vols. Afin de construire des maisons, ont rapporté plusieurs membres du clan. Une partie de l'enquête s'est d'ailleurs poursuivie dans ce pays grâce aux concours de la police locale.


Sept mineurs de la famille ont déjà été condamnés le 21 juillet dernier à des peines allant du simple avertissement solennel, pour les plus jeunes d'entre eux, à 30 mois de prison dont 4 avec sursis. La plupart des prévenus majeurs risquent jusqu'à 10 ans de prison, car les faits ont été commis en bande organisée. La matriarche, elle, encourt 20 ans, étant en récidive légale. Le jugement est attendu vendredi.

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