François Thierry, l'ancien patron des "stups", mis en examen pour complicité de trafic de drogue

ENQUÊTE - L'ancien directeur de l'Office central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (Octris), a été mis en examen pour complicité de trafic de stupéfiants, a indiqué le parquet de Paris dans la nuit de jeudi à vendredi.

Son nom apparaissait déjà dans une enquête ouverte à l'été 2013, et il a ressurgi en mars dernier à l'occasion d'un placement en garde à vue. François Thierry, l'ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, a été mis en examen pour complicité de détention, transport et acquisition de stupéfiants et complicité d'exportation de stupéfiants en bande organisée. Il a été laissé libre, sans contrôle judiciaire.


Convoqué jeudi après-midi dans le bureau des juges d'instruction, l'ex-patron de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) a été mis en examen tard dans la soirée. Le policier est soupçonné d'avoir favorisé l'entrée de drogue en France dans le cadre de ses relations avec un important indicateur de l'office considéré comme un trafiquant notoire, Sofiane Hambli.

7 tonnes de cannabis retrouvées à Paris

L'affaire instruite par les juges Baudoin Thouvenot et Marc Sommerer de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris trouve son origine dans une saisie record de 7 tonnes de cannabis, le 17 octobre 2015, dans des camionnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le cossu XVIe arrondissement de Paris. Opérée par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), elle avait été saluée par le président à l'époque, François Hollande. 


L'enquête avait été confiée à l'Ocrtis. Très vite le parquet de Paris avait dessaisi le service après avoir découvert que cette livraison de drogue partie du Maroc s'inscrivait dans une opération secrète de ce même service pour infiltrer un réseau, avec l'aide de Sofiane Hambli. Les enquêteurs soupçonnent François Thierry de ne pas avoir totalement informé les autorités judiciaires de l'opération, ni du rôle joué par son indicateur, ce qu'il conteste. Sous couvert de l'opération, l'Ocrtis aurait directement supervisé l'importation d'au moins 15 tonnes de cannabis qui ont été saisies, dont les sept tonnes du boulevard Exelmans, selon une source proche de l'enquête. 

Plainte pour mise en danger d'autrui

François Thierry, actuellement en poste à la sous-direction antiterroriste de la PJ (Sdat), fait aussi l'objet d'une plainte déposée par Sofiane Hambli pour "mise en danger de la vie d'autrui" et "escroquerie en bande organisée". L'homme se présentant comme un "infiltré" - un indicateur ne venant pas du "milieu" - a dit à Libération avoir "gardé" début 2012 une villa espagnole à la demande de l'ancien patron des "stups". De mars à avril, plusieurs tonnes de cannabis en provenance du Maroc auraient transité par cette villa, où la drogue était déchargée par des "policiers français" avant d'être convoyée en voiture vers la France où seule une partie était interceptée.


Les enquêteurs cherchent notamment à savoir si d'autres quantités de drogue ont pu être écoulées dans le cadre d'opérations de l'office des "stups" alors que Libération évoquait, de son côté il y a quelques mois, l'importation par ce biais d'au moins 40 tonnes.


Par ailleurs, deux autres informations judiciaires sont en cours sur les relations entre l'office des "stups" et les indicateurs.

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