Mort d'un supporter du PSG : un ultra condamné à 3 ans ferme, l'autre acquitté

VIOLENCES - Un supporter ultra du Paris-Saint-Germain a été condamné à 3 ans de prison ferme pour le meurtre de Yann Lorence. L'autre ultra jugé à lui été acquitté.

Un ultra du PSG, Jérémi Banh, a été condamné mercredi à trois ans de prison ferme et son co-accusé Romain Lafon acquitté, au procès de la mort du supporter Yann Lorence.


L'avocate générale avait requis six ans de prison contre les deux hommes. Au prononcé du délibéré, la mère de Romain Lafon a été prise d'un malaise. Jérémi Banh a été condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis. Romain Lafon, 37 ans, reste quant à lui détenu, car il purge une peine de deux ans de prison dans une autre affaire, concernant une bagarre avec des supporters suédois de Malmö.

Alors âgé de 37 ans, Yann Lorence faisait figure d'ancien, rangé des voitures. Grièvement blessé le 28 février 2010 lors d'une soirée marquée par de violents incidents entre supporters rivaux du club parisien, il avait succombé après deux semaine de coma. 


Dans son réquisitoire, l'avocate générale Maryvonne Caillibotte a estimé que les deux accusés devaient être condamnés pour les faits qu'ils ont, selon elle, commis et non "pour tous ceux qui ont commis des violences". "On ne pourra pas leur faire payer le fait d'être là", devant la justice, "alors que d'autres n'y sont pas", a-t-elle souligné.


Les deux accusés comparaissaient pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Avant que la cour ne se retire, ils ont de nouveau clamé leur innocence et adressé leurs condoléances à la famille de la victime.

"Charge" et "contre-charge" de supporters ultra

Ce 28 février 2010, en raison de failles dans le dispositif de sécurité, supporters des tribunes Boulogne et Auteuil, chacune connotée politiquement, respectivement "droite voire extrême droite" et "gauche voire extrême gauche", s'étaient retrouvés face à face, a témoigné l'ancien président du club, Robin Leproux.  Une "charge" de Boulogne, suivie d'une "contre-charge" d'Auteuil, et Yann Lorence, qui ne participait pas à ces mouvements de foule, se retrouve isolé, à terre, roué de coups.


Selon des policiers, Romain Lafon s'est vanté d'avoir sauté à pieds joints sur la victime et a mimé la scène. Mais aucun témoin n'a raconté avoir vu une telle scène. Celle-ci n'a même pas pu exister, ont plaidé ses avocats, Maitres Jacqueline Laffont et Martin Méchin, rappelant que les lésions relevées sur la victime ne correspondent pas.

Rien n'a pu être démontré

Romain Lafon s'est défendu d'avoir porté le moindre coup à Yann Lorence, assurant qu'à "aucun moment" il n'a "participé à ce lynchage de lâches". Photos, vidéos, témoignages, "malgré toutes les investigations" qui ont été menées, a plaidé Me Méchin, "on n'a rien" qui démontre l'implication de son client.


Romain Lafon "avait du respect pour Yann Lorence, parce que c'était un ancien, comme lui", a-t-il ajouté, les deux hommes avaient "le même code d'honneur". Les affrontements ce soir-là étaient le fait de "la nouvelle génération", selon l'avocat. Les témoins ont décrit des agresseurs agissant visage dissimulé, celui de Romain Lafon ne l'était pas.

Un tournant dans l'histoire du PSG

"Cette enquête nous laisse à tous un goût amer, difficile de reconnaître qu'il y a eu cette mort et qu'il n'y a pas de coupable", a plaidé Me Jacqueline Laffont. "Vous n'êtes pas là pour essayer de panser les plaies béantes d'une enquête bâclée", a-t-elle lancé à l'adresse de la cour et des jurés. Jérémy Banh avait lors de sa garde à vue reconnu avoir porté quelques coups aux jambes de la victime avant de se rétracter. Selon l'avocate générale, par calcul. "Où sont les preuves?" s'est demandé son avocat, Me Vincent Nioré, lançant: "Vous n'avez rien prouvé madame l'avocate générale, rien."


Il a souligné que les déclarations "auto-incriminantes" de son client s'étaient faites sans avocat. La présence de l'avocat en garde à vue n'a été instaurée qu'après. Au premier jour du procès, un témoin a été agressé dans l'enceinte du palais de justice. Quatre hommes ont été interpellés et doivent être présentés à un juge d'instruction.

La mort de Yann Lorence avait conduit à un tournant dans l'histoire du Paris Saint-Germain. Sous la pression des pouvoirs publics, sa direction avait lancé un plan pour chasser les hooligans des tribunes du Parc.

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