Procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf : "La mort de Fiona, c'était pas voulu, c'est un accident"

JUSTICE - Le procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, accusés des violences ayant entraîné la mort de Fiona, 5 ans, dont le corps n'a jamais été retrouvé, se poursuit devant la cour d'assises de la Haute-Loire. Au troisième jour d'audience, la mère de l'enfant a ressorti la thèse de l'accident.

La psychologue lui avait dit qu’elle la trouvait plus "authentique". Que depuis le premier procès, elle avait "changé". Et à la voir répondre si posément aux questions du président mardi soir, on se disait que l’insaisissable Cécile Bourgeon était apaisée. Et allait peut-être enfin se dévoiler. Mais ce mercredi, l'accusée a montré toute la complexité de sa personnalité. 


"Eh vous, vous restez tranquille avec ma mère, ça fait des heures qu'elle est là debout ! Vous vous calmez sinon c'est moi qui vais m’en meler !" Cécile Bourgeon a le doigt levé vers les avocats des parties civiles, elle tremble, hurle. Son corps bouillonne et ses bras recouverts de scarifications menacent. L'image est forte mais désastreuse pour ses avocats qui jusque-là avaient réussi à contenir chacune de ses paroles. Me Renaud Portejoie accourt derrière le box vitré. L'accusée, secouée par des larmes de colère et de fatigue, finit par se rasseoir. Elle n'a pas supporté de voir sa mère bousculée de questions à la barre de la cour d'assises et "subir, subir, subir" depuis de longues heures. 


"Elle était bien plus ouverte et forte que moi", avait un peu plus tôt décrit avec douceur celle qui n'avait pas vraiment su l'aimer. "ça va vous choquer mais Cécile, jeune, c'était quelqu'un qui allait vers les autres pour leur porter secours", avait murmuré sa mère. Pour elle,  c'était "sûr", Berkane Makhlouf était responsable de ses maux. Sa fille était incapable de lever la main sur Fiona. "Elle n'a pas su s'interposer et elle s'en veut énormément".  Mais mercredi matin, s'appuyant sur les témoignages de deux surveillantes pénitentiaires, Cécile Bourgeon a réfuté la thèse des violences pour expliquer la mort de sa fille, ressortant celle de l'accident. 

"C'était un accident"

"Le samedi 19 novembre 2016, elle a commencé à me parler de son affaire", explique à la barre une surveillante de prison. C’était entre les deux tours du premier procès au cours de la promenade. "Elle m’a dit avoir donné des coups de pied aux fesses à Fiona. Mais que sa mort, c’était un accident". Cécile Bourgeon lui aurait ensuite raconté le petit corps placé dans un sac à l’arrière de la voiture et ce chemin qu'elle n'a jamais réussi à refaire avec les enquêteurs pour enterrer Fiona :  "Elle a roulé vers Aydat avant de s’arrêter près d’un village dont le nom débute par Cha".


L'accusée se tient face au président qui lui a demandé de commenter. Elle confirme "tout", "sauf les coups de pieds aux fesses" à l'enfant. Mais "le décès de Fiona c’était pas voulu, c’est un accident", assure-t-elle. La salle a des regards perdus. "De quelle origine, l’accident ?" questionne l’avocat général. "Malheureusement, je suis pas médecin, je ne peux pas savoir", répond l’accusée. "Mais bon sang, s’emporte le magistrat. Le sac, la voiture, l’enterrement ! A quoi ça sert tout ça si c’est un accident ?". "Vous pouvez pas savoir... la peur, la panique…. et on avait consommé beaucoup de drogues", explique la jeune femme. 

"Y a eu des violences mais..."

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Affaire Fiona : le procès en appel s'est ouvert lundi

Une version qui ne colle pas avec les autres confidences faites une semaine plus tôt à un autre agent de la pénitentiaire. C'était le 8 novembre 2016, juste avant le début du premier procès. Sans doute était-elle "stressée", "elle voulait parler", estime aujourd'hui l'autre surveillante. Ce jour-là, en tout cas, elle lui "a dit que Berkane Makhlouf avait violemment frappé Fiona à la tête et qu'elle l'avait soignée elle-même. Le soir du drame, il aurait refrappé Fiona au niveau de la tête. Cécile Bourgeon était paniquée, elle aurait voulu appeler les secours mais il n'aurait pas voulu". 


Une nouvelle fois, Cécile Bourgeon acquiesce. "Y a eu des violences mais je pense pas que ça a engendré la mort", commente-t-elle. L’avocat général pointe les contradictions : "Si c’est un accident, pourquoi avoir déclaré que Berkane Makhlouf avait frappé Fiona ?" - "Parce qu’il m’avait enfoncé, alors je l’ai enfoncé, justifie-t-elle. J’en ai rajouté. Il y a des choses vraies, d’autres pas". Les jurés ont jusqu'au 20 octobre pour dire lesquelles. 

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Mort de Fiona : le procès en appel

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