"Je sais très précisément ce que je vais faire en sortant" : les lettres de Mohamed Merah à son frère Abdelkader dévoilées

"Je sais très précisément ce que je vais faire en sortant" : les lettres de Mohamed Merah à son frère Abdelkader dévoilées

JUSTICE – Trois policiers ont témoigné ce lundi dans le cadre du procès d’Abdelkader Merah, frère du tueur au scooteur, et de Fettah Malki, ami d’enfance de l’assassin. Dans la matinée, le témoin 41, a évoqué les courriers entre Mohamed Merah, alors en détention, et son frère aîné. Et pour ce témoin, la complicité d’Abdelkader Merah ne fait apparemment guère de doute.

Au sixième jour du procès d’Abdelkader Merah, frère du tueur au scooter soupçonné de complicité dans les attaques mortelles commises mars 2012 à Toulouse et Montauban et qui ont fait sept morts, et de Fettah Malki, ami d’enfance de Mohamed Merah soupçonné d’avoir fourni un pistolet mitrailleur Uzi, un gilet par balles et des munitions à l’assassin, trois policiers ont témoigné ce lundi. Les numéros 41, 19 puis 45, anonymisés pour l’occasion, ont évoqué devant la cour d’assises spéciale les éléments qu’ils connaissaient de cette affaire. 


Le témoin 41 est ainsi revenu longuement dans la matinée sur la radicalisation de Mohamed Merah en prison, sur les voyages du tueur au scooter et sur les liens que ce dernier entretenait, selon elle, avec son frère aîné Abdelkader Merah aujourd’hui dans le box. L’enquêtrice, commandant à la sous-direction antiterroriste de la direction centrale de la police judiciaire, s’est notamment appuyée sur les courriers entre les deux frères, alors que Mohamed était en détention. 

Conversion à l’islam en février 2008

Selon le témoin, Mohamed Merah s’est radicalisé en prison, en février 2008 après une condamnation qu’il trouvait injuste. Encore incarcéré, il était alors interrogé par des gendarmes dans un dossier de "car-jacking", une affaire où il était impliqué mais à laquelle il a échappé, faute de preuve. "Pour lui, une aide divine l'aurait sauvé", a expliqué l’enquêtrice.


Mohamed Merah s'intéresse alors au prophète Youssouf dont il prendra le prénom comme nom de guerre. La revendication de ses attentats par un groupe proche d'Al-Qaïda sera faite au nom de "Youssouf le Français". L’avocate générale a par ailleurs rappelé que le mail de Mohamed Merah était "abouYoussouf@live.fr". 


La fonctionnaire de police, convaincue de la complicité entre Mohamed Merah et son frère Abdelkader évoque ensuite des lettres datant de 2009, trois ans avant les faits. Dans ces lettres, le cadet depuis la prison, écrit alors à son aîné : "Je sais très très précisément ce que je vais faire en sortant". Abdelkader Merah aurait par ailleurs fourni CD et livres sur la religion à Mohamed Merah pendant sa détention. 

Afghanistan et Pakistan

En sortant de prison, Mohamed Merah fait plusieurs voyages : Algérie, Syrie, Liban, Turquie, Israël, Egypte, afin de tenter d'entrer en contact avec un groupe de combattants djihadistes.


Puis, il part pour l’Afghanistan puis pour le Pakistan,  auprès du groupe djihadiste Jund Al Khalifat, affilié à Al-Qaïda.

"Mohamed Merah a rejoint un groupe de talibans et est enfin parvenu à rentrer en contact avec Al-Qaida, raconte le témoin 41. Alors qu’on lui proposait une action au Pakistan, Mohamed (#Merah ndlr) décide de rentrer en France. Il voulait passait à l’action en France". 


Concernant le voyage au Pakistan, Abdelkader Merah a affirmé avoir appris l'existence de ce dernier une semaine seulement avant les faits. Mohamed Merah lui aurait alors dit qu'il était "prêt à lever l'étendard et combattre au nom d'Allah".

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Quelle preuve de la complicité ?

Rappelant la période de prévention, Me Dupond-Moretti prend la parole et interroge le témoin sur ces affirmations, notamment sur la complicité d’Abdelkader Merah qui pour elle ne fait aucune doute. 


- "Madame, qu’est-ce que vous avez comme preuve qu’Abdelkader savait ce que Mohamed allait faire ? Vous savez ce qu’ils se sont dits ?", demande l’avocat de la défense.  

- "Nous en savons ce qu’a bien voulu nous dire Abdelkader Merah", répond le témoin numéro 41. 

- "Vous avez assisté à la garde à vue d’Abdelkader Merah, à la reconstitution ?", ajoute l’avocate.

- "Non", répond le témoin. 


Si la culpabilité de Mohamed Merah sur les tueries de 2012 ne fait aucun doute, la complicité pour laquelle est poursuivi son frère manque pour l’instant de preuves. Un peu plus tôt à l’audience, ce lundi, Me Dupond-Moretti avait dit au témoin numéro 41 : "Pour vous (policiers ndlr), il faut que les deux frères (Abdelkader et Mohamed) ne fassent qu’un seul. Comme l’autre est mort, tout est suspect s’agissant de lui (Abdelkader)".  


L’audience reprendra ce mardi, avec l’audition de nombreux témoins, notamment de personnes ayant assisté aux attaques de 2012. 

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