Procès Merah : "L'objectif était d'interpeller Mohamed Merah vivant", dit l'ancien patron du RAID

JUSTICE – L’ancien patron du RAID, qui, en mars 2012 avait dirigé l’assaut mené contre l’appartement de Mohamed Merah, est venu témoigner ce vendredi dans le cadre du procès d’Abdelkader Merah, frère aîné de l’auteur des attentats de Toulouse et Montauban, et Fettah Malki. Amaury de Hauteclocque est revenu sur ce siège qui a duré trente-deux heures et au terme duquel Mohamed Merah a été abattu.

Le siège de l’appartement de Mohamed Merah a duré trente-deux heures. L’assaut avait été finalement donné le 22 mars 2012, à 10h30.  Au total, plus de 300 cartouches avait été tirées, quatre policiers ont été blessés pendant l’intervention, avant que celui qui sera surnommé le "tueur au scooter" ne soit abattu. 


Ce vendredi après-midi devant la cour d’assises spéciales où sont jugés depuis lundi Abdelkader Merah et Fettah Malki, pendant plusieurs heures, l’ancien patron du Raid, Amaury de Hauteclocque est revenu sur cette opération qu’il avait dirigée en mars 2012… Avant d’être limogé un an plus tard, en avril 2013. 

"Unité en alerte"

Après les premiers assassinats commis par Mohamed Merah, Amaury de  Hauteclocque indique ce vendredi avoir "pris d’office la responsabilité de placer l’unité (du RAID ndlr) en alerte".  "La direction de la police nationale m’appelle en me demandant de nous prépositionner près de Toulouse", poursuit l’ancien patron du RAID. 


Le témoignage d’un concessionnaire moto va permettre ensuite aux policiers de pointer vers d’Abdelkader et Mohamed Merah. Le premier est interpellé le 21 mars 2012 et placé en garde à vue. L’appartement de Mohamed Merah est lui surveillé par les forces de l’ordre. "J’ai demandé de pouvoir intervenir la nuit, heure à laquelle on pouvait espérer la cible endormie, indique le témoin. Il était hors de question d’être repéré et d’avoir à poursuivre Mohamed Merah à l’extérieur de son domicile. Nous nous mettons alors en place vers 3h du matin et nous progressons de manière silencieuse."

"Vous avez vu ce que j’ai fait !?"

"Une main passe à travers la porte entrebâillée et tire à de nombreuses reprises, quasiment à bout portant", continue l’ancien patron du Raid. L’individu à l’intérieur de l’appartement revendique très vite ses actions et crie alors policiers : "Vous  avez vu ce que j’ai fait ?". 


"Nous avons tous reçu des éclats de projectiles, indique l'ex-policier. À ce moment-là, à 3h15, j’ai déjà un blessé que nous ne pouvons évacuer". Selon le patron du Raid, Mohamed Merah est d’ores  et déjà dans "une logique d’affrontements". "Il nous disait : ‘Je vous attends’", se souvient Amaury de Hauteclocque. 

L’interpeller "vivant"

Selon le patron du Raid, les consignes d'alors sont claires et : l’objectif" est alors d’interpeller Mohamed Merah "vivant", "en cas de riposte, ordre de viser largement au-dessus de la cible", précise-t-il. Le tueur au scooter parle à travers la porte  et demande alors un téléphone portable à son interlocuteur : "Je refuse, je lui propose, via le négociateur de lui donner un talkie-walkie, en échange de ses armes". 


Mohamed Merah refuse, il veut "mourir les armes à la main". Après avoir promis sa reddition, il revient sur sa promesse. Le Raid ouvre alors les volets et, toute la nuit, envoie des grenades  "de manière aléatoires". "A partir de là, nous n’avons plus aucun contact avec lui. Il n’est pas exclu qu’il soit mort".  


Le matin, vers 10h30, le dispositif d’intervention se met en place. Plusieurs policiers sont blessés. "Voyant que nous n’avons pas d’autres options que de le neutraliser, les snipers vont effectuer un tir létal", rapporte l’ancien patron du Raid. Mohamed Merah est tué vers 11h30 le 22 mars 2012.  L'autopsie pratiquée sur le corps de Merah a mis en évidence 20 trajectoires distinctes le nombre minimal de tirs pouvant être estimé à 16.

"Sors, sors ! Tu auras un jugement"

Le président de la cour d’assises lit alors le témoignage d’un voisin. Ce dernier indique avoir entendu certains des échanges entre le Raid et Mohamed Merah. 

- "Sors, sors! Tu auras un jugement. On ne te tirera pas dessus, tu pourras d’expliquer" aurait dit un policier à Mohamed Merah

- "Tu veux que je fasse tout sauter" aurait rétorqué le forcené. 

Pour le leader de l'unité d'élite, Mohamed Merah a voulu mourir tué par la police. "On appelle ça un suicide by cops", précise le spécialiste. 

- "Puis-je aujourd’hui rassurer les familles sur le fait qu’il n’y a pas eu (...) de pressions politiques exercées?" demande l’avocate générale au témoin. 

- "Évidemment non, la seule instruction était de le capturer vivant, mais le patron du Raid reste maitre des moyens employés

Une avocate des parties civiles s’adresse ensuite à l’ancien patron du Raid: "Il a fallu tente-deux heures pour arriver à ne pas l'interpeller vivant. Pourquoi on n'a pas pu attendre encore ?"

- "Si j’avais pu déceler la possibilité même infime d’une reddition, on aurait poursuivi. Jusqu’au bout du bout, j’ai donné sa chance à Mohamed Merah", répond Amaury de Hauteclocque. 

Merah était "en cours de repérage"

- "Recherchiez-vous dans le cadre des discussions les complicités éventuelles de Merah ?", interroge Me Mouhou, avocat de la famille d'Imad Ibn-Ziaten, première victime de Mohamed Merah. 

- "On était dans des négociations, pas dans une audition de police judiciaire", insiste l’ancien patron du Raid

- "Aviez-vous le sentiment que quand vous évoquiez sa famille, il était dans la protection ?" poursuit l’avocat. 

-  "Mohamed Merah ne voulait pas répondre dès qu’il s’agissait de faire porter la responsabilité sur quelqu’un d’autre. Mohamed Merah n’a jamais évoqué de complicité, je m’en souviendrais", dit le témoin


L’avocate  générale demande à l’ancien patron du Raid si, depuis cette intervention, la manière de procéder des policiers a changé. "Oui", répond-il. 


Me EdouardMartial, l'avocat de Fettah Malki, accusé, prend à son tour la parole :

- "Mohamed Merah "avait décidé de mourir" ? 

- "Oui", répète Amaury de Hauteclocque. "Mohamed Merah avait un sentiment de toute puissance, il se croyait protégé par Dieu. Il était furieux de ne pas savoir l’erreur qu’il avait faite pour qu’on remonte à lui. Il ne se doutait pas de notre venue". 


L'ancien patron du Raid poursuit : "Je rappelle qu’il était en cours de repérage d’une victime supplémentaire. Il nous a dit qu’il comptait aller crescendo jusqu’à rentrer avec son véhicule dans un commissariat". 

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