Procès Merah - "Madame ne sortez pas, il y a quelqu’un qui tue tout le monde" : un témoin raconte

Procès Merah - "Madame ne sortez pas, il y a quelqu’un qui tue tout le monde" : un témoin raconte

JUSTICE – Plusieurs témoins qui se trouvaient à Montauban le 15 mars 2012 ont témoigné ce mardi dans le cadre du procès d’Abdelkader Merah et Fettah Malki. C’est à cette date, il y a un peu plus de cinq ans, que Mohamed Merah abattait deux militaires, et tentait d’en tuer un troisième, qui a survécu à ses blessures mais qui garde de graves séquelles.

Par hasard ou par habitude,  ils se trouvaient là, près de l’angle de la rue du Premier Bataillon de Choc et de l’avenue du 10e dragon à Montauban, le 15 mars 2012 aux alentours de 14 heures. 


Ce mardi, au septième jour du procès d’Abdelkader Merah et de Fettah Malki, plusieurs témoins qui ont assisté de près aux deux assassinats et à la tentative perpétrés par Mohamed Merah à l’encontre de trois militaires, Abel Chennouf, 25 ans, Mohamed Legouad, 23 ans, et Loïc Liber, alors âgé de 27 ans, ont relaté ce qu’ils avaient vécu il y a plus de cinq ans et demi aujourd’hui. 

"Une caméra comme on voit dans les sports extrêmes"

A la barre, le premier témoin a ainsi  raconté que ce jour-là, il se trouvait à côté du tabac, lui-même situé non loin du distributeur d’argent où s’étaient rendus Mohamed Legouad, 23 ans, Abel Chennouf, 25 ans, et Loïc Liber, 27 ans. 


Il raconte avoir vu passer un homme vêtu d’un t-shirt foncé, manches longues, avec un harnachement noir sanglé en croix au niveau du torse, au niveau duquel se trouvait une caméra. Le jour même des faits, il avait décrit aux policiers la caméra “comme celle que l’on voit dans les sports extrêmes lorsque les sportifs veulent filmer leurs exploits”.


Après être descendu de son véhicule, il a ensuite entendu des déflagrations et aperçu une arme de poing, avant de voir "plusieurs militaires au sol en sang". Le témoin indique avoir ensuite entendu plusieurs coups de feu "6 ou 7", puis, avait-il dit il y a cinq ans et demi, des "cliquetis pouvant correspondre au bruit d’un chargeur vide". 

Elles ont cru "à des pétards"

Une femme, employée de la boulangerie sur ce secteur de Montauban, est ensuite venue raconter ce terrible moment. Ce 15 mars 2012, elle aussi a entendu les détonations. Après les trois premières, elle a d’abord cru qu’il s’agissait de "pétards". Puis elle a ensuite entendu d’autres détonations et compris alors qu’il s’agissait de "coups de feu".  


Sa première vision a été celle "d’une paire de rangers d’une personne allongée au sol". Puis, elle a vu une autre victime couchée à ses côtés. La boulangère précise également avoir vu un autre militaire blessé qui tentait de fuir vers la route. Rattrapé par le tireur, ce dernier sera froidement abattu d’une balle dans la tête. Le tueur au scooter prenait ensuite la fuite, tandis que la boulangère appelait les secours. 


Comme la gérante du salon de coiffure dont le président a lu la déposition, la boulangère décrit le tireur comme un individu totalement vêtu en noir : blouson de cuir style motard, casque intégral à visière noire baissée, chaussures montantes de couleur noire…

"Ça partait dans tous les sens"

Une mère de famille était la dernière à venir à la barre ce mardi. Ce 15 mars, elle alait acheter "du pain" et "des magazines". Elle avait alors garé sa voiture près des commerces. 


" Du coin de l’œil j’ai vu un homme se garer avec un scooter", raconte celle qui vient de récupérer ses journaux. "Au moment de sortir, un jeune m’a dit : 'Madame ne sortez pas, il y a quelqu’un qui tue tout le monde dehors !'" poursuit-elle, avant de se mettre à pleurer. 


"On ne savait pas trop ce qu’il se passait, continue-t-elle, on s’est alors accroupis au fond du magasin".  Puis, avec d’autres, elle a vu le tireur partir. "Il criait je ne sais pas quoi en tirant, on était tétanisés". 


Très émue, elle dit avoir vu ensuite "les corps devant [sa] voiture" et les "douilles en dessous". Cette femme a été la première personne à voir Loïc Liber, seul militaire survivant, après qu'il a été blessé par Mohamed Merah. "J’ai vu que son thorax bougeait, je lui ai tenu la main (à Loïc Liber),je lui ai dit : 'Ecoutez, Tenez-bon !"

"Très difficile" de venir témoigner

Comme beaucoup, cette femme ne s’est jamais remise de ce drame. La police lui a montré par la suite les images "en caché" de l’école Ozar Hatorah. Elle affirme y avoir reconnu dessus "la silhouette" du tueur de Montauban. "C’était la même façon de marcher, de réagir, de tendre l’arme", indique-t-elle. 


Elle indique qu’il était "très difficile" pour elle de venir témoigner ce mardi devant la cour d’assises spéciale. Elle précise l’avoir fait pour les victimes et leurs familles. 


L’audience reprendra mercredi 11 octobre, à 10 heures. 

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