Procès Merah : le témoin numéro 13, ancien coéquipier d'Abdelkader Merah, a-t-il été menacé ?

Procès Merah : le témoin numéro 13, ancien coéquipier d'Abdelkader Merah, a-t-il été menacé ?

JUSTICE – Un homme qui, en 2012 jouait au football avec Abdelkader Merah à l’AS Izards, est venu déposer ce mercredi devant la cour d’assises spéciale où sont jugés jusqu’au 3 novembre son ancien coéquipier sur le terrain et Fettah Malki. Son témoignage a bien changé depuis ses déclarations à la police en 2012...

Lunettes sur le nez, attelles au bras, il est venu déposer ce mercredi devant la cour d’assises spéciale où sont jugés, depuis le 2 octobre et jusqu’au 3 novembre, Abdelkader Merah et Fettah Malki, respectivement frère aîné et ami d’enfance de Mohamed Merah.  


Le 11 mars 2012, vers 13 heures, cet homme se trouvait sur un terrain de foot avec "Kader", aujourd’hui dans le box des accusés et soupçonné de complicité dans les actes terroristes commis par son frère Mohamed Merah. Trois heures plus tard, celui que l’on surnommera le "tueur au scooter" fera sa première victime : le militaire Imad Ibn-Ziaten, abattu sur le parking du gymnase du Château de l’Hers.  


Entendu par la police après les attaques terroristes de Toulouse et Montauban, qui ont fait sept morts, cet homme âgé aujourd’hui de 29 ans, et qui jouait à l’AS Izards avec Abdelkader Merah, avait déclaré avoir vu ce dernier discuter avec Mohamed Merah quelques heures avant le drame. Sa déclaration beaucoup plus vague, ce mercredi, devant la cour d’assises spéciale, a fait penser aux parties civiles que le témoin avait fait l’objet de menaces.

"Il m’a même pas calculé "

En 2012, le témoin avait en effet déclaré que le 11 mars, Abdelkader Merah n’avait joué que les vingt dernières minutes du match et avait passé le reste du temps à discuter avec son frère, arrivé après 13 heures. Il avait indiqué qu’il ne connaissait pas Mohamed Merah, mais la description qu’il en donnait était concordante et on lui avait affirmé après coup qu’il s’agissait du tueur au scooter. Le témoin avait alors évoqué une "discussion sérieuse entre les deux hommes" à tel point que quand il est parti chercher Abdelkader pour "s’échauffer", ce dernier ne l’avait "même pas calculé". 


Ce mercredi, sa version des faits est sensiblement différente. Le témoin numéro 13, qui a décliné son identité devant la cour, ne sait pas si l’homme qui a discuté avec Abdelkader Merah, ce 11 mars 2012 était, ou non, celui qui allait devenir le "tueur au scooter"." Mohamed Merah, je ne le connaissais pas", a répété plusieurs fois l'homme venu déposer, agacé. Au magistrat qui lit ses dépositions, il rétorque : "Je n'ai jamais dit ça!"


Le président lui pose alors plusieurs questions et s'étonne de son absence de souvenirs : "C'est curieux, parce que c'est une affaire qui n'est pas anodine". Il poursuit : "Je comprends quand vous dites que vous ne souvenez pas de tout, mais je ne comprends pas quand vous dites : 'J’ai jamais dit ça'".

- Vous avez parlé d’une discussion sérieuse, ça veut dire quoi "sérieuse ?, demande le président

- Pour moi deux personnes en train de discuter : c’est sérieux. Deux personnes en train de rigoler : c’est pas sérieux", explique le témoin. 

"Possible qu’il y soit… ou pas"

Interrogé sur la présence ou non de son petit frère Mohamed Merah, le 11 mars 2012, sur le terrain de foot, Abdelkader Merah répond : "Ce jour-là, j’ai discuté avec tout le monde. Je ne me rappelle pas si mon petit frère était présent ou pas". "C’est possible qu’il y ait été, c’est possible qu’il n'y ait pas été", avait dit l'accusé à l’époque au juge d’instruction. 


Son interlocuteur, lors de cette "discussion sérieuse", était son oncle, affirme-t-il. L’avocate générale rappellera un peu plus tard que cet oncle avait alors 48 ans. Au témoin, elle dira : "Vous avez parlé d’une discussion de monsieur Abdelkader Merah avec des gens jeunes. Jeune, pour vous, ça veut dire quoi ?" "De 18 à 50 ans", répond l’homme à la barre suscitant les rires dans la salle". 

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"Impression de peur"

Les parties civiles en sont convaincues, l’homme venu témoigner ce mercredi, qui a reçu sa "convocation il y a un mois environ",  a fait l'objet de menaces. Quand Me Cohen lui demande s’il  a "parlé à quelqu’un de cette convocation", il répond : "Oui, à l'entraîneur. Il m'a proposé que l'on vienne ensemble" [l’entraîneur devait être entendu ce mercredi et sera finalement entendu plus tard]. 

- "Du côté des parties civiles, nous avons l’impression que vous avez peut-être peur, commente Me Morice. Vous avez peur, Monsieur, aujourd'hui?

- Non

-Pourquoi alors y a-t-il de telles divergences entre vos déclarations de l'époque et celles d'aujourd'hui? Les détails que vous avez fournis à l’époque sont-ils plus fidèles que ceux que vous donnez aujourd’hui à la cour ?

-  Je ne sais pas

- Vous avez relu votre déposition, vous l’avez signée, Pourquoi avez-vous indiqué cela ?

- Je ne sais pas…

- Vous avez une amnésie sélective sur la personne de Mohamed Merah", note Me Morice.


"On a l'impression que vous êtes d'accord pour parler de tout, sauf de Mohamed Merah", lancera un peu plus tard un autre avocat de la partie civile au témoin. 

"A supposer que… "

Me Dupond-Moretti, qui défend Abdelkader Merah, prend à son tour la parole. Il rappelle que ce 11 mars 2012, le match de foot de l’AS Izards a débuté à 13 heures -  13h05 et que Mohamed Merah borne à 13h14 dans le centre-ville de Toulouse et vers 13h50 près du stade". Il s’adresse ensuite au témoin : 

- "A supposer que ça puisse être Mohamed Merah qui est venu voir Abdelkader Merah le 11 mars 2012 au foot, s’ils ont discuté, avez-vous entendu la conversation ?

- Non, répond le témoin. 

- Je suis assez étonné que l’on dise que vous avez été menacé. Monsieur, avez-vous été menacé ?

- Non.

- Vous ne feriez pas un faux témoignage pour aider Abdelkader Merah?

- Non pas du tout",  répond le témoin.

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