"On roule et subitement il me dit, 'Arrête!'": le frère de Mohamed Merah raconte le vol du scooter

"On roule et subitement il me dit, 'Arrête!'": le frère de Mohamed Merah raconte le vol du scooter

JUSTICE – Jugé aux côtés de Fettah Malki jusqu’au 3 novembre prochain, Abdelkader Merah a été interrogé longuement ce vendredi après-midi sur la journée du 6 mars 2012, jour où le scooter T-Max a été volé par son frère Mohamed Merah. L’engin sera utilisé par le "tueur au scooter" au cours de ses attaques. Dans le box, Abdelkader Merah maintient que ce vol n’était pas prémédité mais "intuitif".

Pendant près de cinq heures, la cour d’assises spéciale l'a interrogé sur le sujet. Ce vendredi Abdelkader Merah, jugé pour complicité dans les actes terroristes commis par son frère Mohamed Merah en mars 2012 à Toulouse et Montauban, a dû revenir dans les détails sur le vol du fameux T-Max utilisé par le "tueur au scooter". 


Concernant cet événement survenu le 6 mars 2012 vers 16h50, l’accusé a toujours déclaré que le délit n’était pas prémédité. Il l’a encore répété maintes fois ce vendredi depuis le box, sans convaincre visiblement l’accusation, qui est persuadée du contraire. 

"Je suis devenu otage de l'acte"

Selon Abdelkader Merah, ce 6 mars 2012, son petit frère, une de ses connaissances et lui se trouvaient donc à bord d’une voiture, un peu avant 17 heures, et se dirigeaient ensemble vers une boutique d’accessoires de motards. "On roule, on roule, et subitement, mon frère me dit : 'Arrête-toi !' Je m'arrête",  raconte l’accusé, chemise bleu ciel, catogan, barbe et lunettes sur le nez. 


Il aurait ensuite discuté avec l’autre passager du véhicule, qu’il a désigné bien plus tard, et après la mort de celui-ci, comme étant Walid Larbi-Bey, tué en août 2014.  "D'un coup je vois mon petit frère passer en scooter, je commence à le suivre. Y avait un rond-point et je fais un demi-tour pour pas être complice du vol. Monsieur Larbi-Bey m’a dit : 'Vas-y, suis-le, on sait jamais, s’il y a un justicier qui le poursuit'. Je suis devenu otage de l'acte." 

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"Il était très excité"

Abdelkader Merah dit qu’ensuite les trois hommes ont caché le T-Max, et que Mohamed Merah est remonté dans la voiture. "Il était très excité. Il nous disait : ‘Vous avez pas vu, il y avait les clés dessus’. Puis Larbi lui a demandé pourquoi il avait fait ça, il a dit : ‘Une occasion comme ça, ça ne se présente pas deux fois’". L’accusé commente ensuite l’état d’excitation de son frère : "Les gens de la bourgeoisie ne peuvent pas comprendre, mais dans le quartier, quand on vole, on a l’adrénaline qui reste". 


Il poursuit : "En tant que musulman, ce vol de scooter, ça a été un moment très désagréable pour moi. J’ai été otage de ça. Si j'étais pas musulman, y'aurait pas de problème. Mais comme musulman, être otage d'un acte illicite, c'est pas agréable". 

"Je voulais m'innocenter"

L'accusé précise qu'en tant que "musulman", il voulait "s'innocenter de cet acte". Pour soutenir la thèse du "vol intuitif" commis par son cadet, il ajoute: "Monsieur le président, s’il y avait eu préméditation, pourquoi se casser la tête pour trouver un endroit où cacher le scooter si on avait su que mon frère (Mohamed Merah, ndlr) avait loué un box ?". 


Puis sur l'achat du blouson de moto, Abdelkader Merah dit qu'il se doutait que son frère allait "faire des conneries avec". Pour le vol, il déclare juste : "Mon petit-frère vole un scooter devant moi, c'est pas pour pointer à l'ANPE !".

"Aux informations, ils parlaient d’un T-Max 500"

Pour le reste, il dit n’avoir rien su des intentions criminelles de son frère. Après les tueries des 11, 15 et 19 mars qui ont coûté la vie à sept personnes, dont trois enfants, alors que les médias parlent d’un "tueur au scooter"au volant d’un T-Max, il dit n’avoir pas fait le rapprochement. "Aux informations, ils parlaient d’un T-Max 500 pas d’un T-Max 530 (modèle volé, ndlr)", souligne l’accusé. Et il disait que le scooter était blanc, celui que mon petit frère a volé était noir gris (il a été repeint entre temps, ndlr)". 


- "Et après le 19 mars, vous ne faites pas le lien avec votre frère ?", demande l’avocate générale à l’accusé

- "Avec ce qu’il s’est passé à l’école Ozar Hatorah, ça a pris une ampleur sans précédent, dit Abdelkader Merah. J’ai vu les voitures de police devant chez moi. Je me suis dit ils ont dû se mettre sur plusieurs frères de religion. Moi je continuais à sortir, à faire mes courses". 

- "Et quand les policiers se mettent à contrôler tous les conducteurs de T-Max, ça ne vous a pas mis la puce à l’oreille ?", s'agace l’avocate générale. 

"Je n'aurais jamais donné son nom..."

Enfin, quand les parties civiles lui demandent pourquoi il a donné le nom du troisième homme dans le véhicule qu’une fois que ce dernier est décédé, il répète qu’il a été incarcéré injustement après ce vol de scooter, qu’il s’est retrouvé à l’isolement. "J’ai pas voulu que la troisième personne devienne mon voisin de prison injustement", ajoute-t-il. L’accusé ajoute que "mort ou vivant" il a du "respect pour Larbi-Bey". "Je n’aurais jamais donné son nom s’il n’avait pas été là (au moment du vol, ndlr)". 


Au bout de cinq heures d’interrogatoire, ce vendredi 13, Abdelkader Merah, finit par éclater. "Je vois bien depuis le début (du procès nldr) qu'on essaie de me sauter dessus, Je vois bien par les regards et les acharnements qu'on essaie de me faire passer pour mon petit frère. Mais je ne suis pas Mohamed Merah, je suis Merah Abdlekader !"


L’accusation, elle, reste convaincue de la complicité d’Abdelkader Merah dans les actes terroristes de son frère. L’avocate générale tentera de la prouver jusqu’à son réquisitoire.  


 Reprise de l’audience lundi, à 9h30, pour le début d’une troisième semaine de procès. 

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