Ratonnades, gangs rivaux, vol de viande... : la violence des néo-nazis de Picardie s'étale au tribunal

Ratonnades, gangs rivaux, vol de viande... : la violence des néo-nazis de Picardie s'étale au tribunal

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JUSTICE - Dix-huit membres de la mouvance néo-nazie picarde sont jugés depuis ce lundi devant le tribunal correctionnel d'Amiens pour 35 infractions, allant du vol aggravé à l'agression avec arme, en passant par la reconstitution d'un groupe de combat. Des violences qui visaient autant des personnes d'origine étrangère que d'autres néo-nazis.

Ils sont agés de 22 à 53 ans et ont en commun d'avoir été membres ou sympathisants du "White Wolves Klan" (clan des loups blancs), un groupuscule néo-nazi implanté en Picardie. Dix-huit skinheads sont jugés depuis ce lundi au tribunal correctionnel d'Amiens pour 35 infractions commises entre 2012 et 2014. Entre autres :  violences avec arme, incendie, vols aggravés ou reconstitution d'un groupe de combat. 


Les prévenus sont suspectés de s'être attaqué autant à des personnes d'origine étrangère qu'à d'autres néo-nazis. Certains d'entre-eux, dont le médiatique ex-leader des skinheads parisiens Serge Ayoub, 52 ans, alias "Batskin", ont été partisans du groupe "Troisième Voie" et de son service d'ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. Ces deux groupes ont été disssous en juillet 2013  après la mort du militant antifasciste Clément Méric lors d'une bagarre en plein Paris.

Parmi les faits jugés figure notamment un règlement de comptes visant un groupuscule néo-nazi rival, les Nationalistes autonomes (NA), à Estrées-Mons (Somme), en 2012. Serge Ayoub est soupçonné d'avoir commandité ce guet-apens après avoir été traité de "sale juif" dans une vidéo des NA. L'intéressé "conteste vigoureusement les faits qui lui sont reprochés", a dit son avocat au Courrier Picard.


C'est au cours de cette attaque que Jérémy Mourain, 27 ans, est aussi suspecté d'avoir attaqué au couteau un membre des NA. Ce même Jérémy Mourain est le seul prévenu placé en détention provisoire au moment de ce procès. C'est lui qui a fondé, avec Jérôme Bailly, le "White Wolves Klan" au moment de la dissolution de "Troisième Voie et des JNR. Il a déjà été condamné 11 fois selon StreetPress, donc une fois à 18 mois de prison pour une expédition punitive à Ham, sa ville de résidence dans la Somme.


La justice reproche également à plusieurs de ces skinheads de s'être attaqué à coups de barres de fer, dans la nuit du 1er au 2 janvier 2013, au bar La Chicha, à Chauny, près de Ham, au coeur de la zone d'activité du groupuscule néo-nazi. La raison : "parce que tous les commerces français fermaient et que le commerce maghrébin perdurait", selon un participant cité par Libération.

Un groupe de bikers... sans moto

La violence est aussi omniprésente au sein du groupe. En guise de rite initiatique, les nouveaux devaient se scarifier sur la main gauche une croix rappelant un symbole SS, rapporte Le Parisien. Les lynchages de membres ou d'ex-membres des "loups blancs" étaient aussi fréquents. "Une fois, le chef  (Jérémie Mourain, ndlr) n’était pas content. Il fallait que quelqu’un prenne. C’est tombé sur moi. J’ai été passé à tabac à coups de batte de base-ball", témoigne l'un des prévenus dans Le Courrier Picard. L'agression la plus grave jugée lors de ce procès est d'ailleurs une expédition punitive qui visait, en janvier 2014 à Valenciennes, le leader de la section nordiste du groupe. Dénudé et tabassé à coups de batte de baseball, la victime a failli succomber sous les coups.


Selon l'enquête, citée par l'AFP, "le clan change progressivement de nature et passe d'un groupe à tendance essentiellement politique à un groupe plus violent, principalement tourné vers l'organisation d'actions de type criminel, sous couvert d'un groupe de motards". Sauf que, selon plusieurs médias, aucun d'entre-eux ne possédait de moto... Le procureur de la République Bernard Farret affirmait en 2015 dans Le Courrier Picard, qu'une bonne partie des prévenus ne travaillait pas et qu'ils avaient "commis beaucoup d’actes de délinquance pour subsister".  Du vol de viande au braquage en passant par le siphonnage d'essence, certains délits auraient eu pour but, selon l'enquête, de financer la consommation de cocaïne et d'amphétamines de Jérémie Mourain, affirme Le Courrier Picard


D'après Streetpress, citant le spécialiste de l'extrême droite Stéphane François ainsi qu'une source policière, entre 200 et 300 skinheads seraient concentrés sur ce petit territoire situé entre Amiens et Saint-Quentin. 

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