Voiture de police incendiée : une longue journée au procès et de lourdes peines requises

Voiture de police incendiée : une longue journée au procès et de lourdes peines requises

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JUSTICE - Le parquet a requis ce vendredi de peines allant de 12 mois de prison avec sursis jusqu'à huit ans de prison ferme contre les neufs prévenus jugés depuis quatre jours pour l'attaque et l'incendie d'une voiture de police à Paris le 18 mai 2016. L’audience devait s’achever dans la soirée et le délibéré être rendu le 29 septembre… Finalement, les multiples incidents et la "fatigue" de certains avocats ont repoussé cette date.

L’audience a débuté ce vendredi matin, à 10 h 10 et Kevin P.. Ce policier blessé au cours de l’attaque d’une voiture sérigraphiée "police" le 18 mai 2016 à Paris, a été le premier à prendre la parole, avant que son avocate, et les autres avocats des parties civiles ne plaident. "J’ai entendu les prévenus et je voudrais moi aussi m'exprimer sur mon ressenti au moment de la scène", a dit-celui qui se trouvait le jour du drame au volant du véhicule qui a été incendié. 


L’ancien adjoint de sécurité, aujourd’hui gardien de la paix stagiaire, indique alors au tribunal, devant une salle comble, que revoir les vidéos tournées ce 18 mai à hauteur du 91 quai de Valmy est pour lui "une torture". Il ajoute, très ému, qu’au moment des faits il avait "une petite fille de 3 mois", et qu’il "aurait pu laisser une orpheline". Encore une fois, comme il l’avait fait au cours du procès et comme l’a déclaré aussi sa passagère de l’époque, Allison B. gardien de la paix, il "a cru mourir". 

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Alors aujourd’hui, au terme du procès de neuf prévenus jugés pour l’attaque de la voiture dans laquelle il se trouvait, Kevin P. a espérer que les prévenus, mêmes si certains avaient "reconnu les faits" et/ou s’étaient dit "navrés", allaient "prendre conscience de leurs actes". 

Jusqu’à 8 ans de prison ferme

Le parquet, déjà convaincu de la culpabilité des neuf prévenus, a entendu l’appel du gardien de la paix. Il a en effet requis ce vendredi de lourdes peines, allant de 12 mois de prison avec sursis jusqu'à huit ans de prison ferme contre une "horde" de "casseurs". La peine la plus lourde a été requise à l’encontre de Joachim L., Suisse jugé en son absence et accusé d'avoir déclenché avec un fumigène l'incendie de la voiture.


Cinq ans de prison dont quatre ferme ont été contre Antonin Bernanos. Le procureur a décrit cet étudiant en sociologie âgé de 23 ans et arrière-petit-fils de l'écrivain Georges Bernanos, comme "très impliqué dans des actions antifascistes". Le magistrat souligne qu'Antonin Bernanos "conteste farouchement" être cet individu masqué qui frappe un policier assis dans sa voiture et fracasse la lunette arrière avec un plot métallique. Pour le parquet au contraire, il y a un "faisceau" d'indices qui le désignent, allant de la couleur de son caleçon aux cernes sous ses yeux, en passant par la marque de ses chaussures ou les bagues à ses doigts. 

Pour le ministère public, le jeune homme, qui ne "se remet pas en cause", présente "clairement un risque de réitération". En état de récidive légale également, puisqu'il avait été condamné en 2013 pour des "violences aggravées", Antonin Bernanos risque théoriquement jusqu'à vingt ans de prison.

"Contrition" et aveux

Le procureur a demandé cinq ans de prison, dont deux avec sursis, contre Thomas F., l’homme à la barre de fer, qui a reconnu avoir porté des coups à Kevin P., le "kung fu policier". Le représentant du ministère public a salué un "acte clair de contrition" de la part de cet homme quadragénaire formé en paramédical et aujourd’hui informaticien. Contre trois jeunes hommes, Angel Bernanos, frère cadet d'Antonin, Bryan M. et Leandro L, a été requis un an d'emprisonnement avec sursis pour le délit de "groupement formé en vue de commettre des violences". 


Un an de prison ferme, aménageable, a été requis contre Thomas R., qui a donné des coups dans le véhicule de police et qui a reconnu les faits. Contre Kara B. et Ari R., accusés d'avoir frappé le véhicule à coups de plot métallique, respectivement deux et quatre ans de prison ferme ont été requis. 

Des réquisitions incroyablement excessivesLes avocats de la défense

"Réquisitions incroyablement excessives", "peines demandées exorbitantes", les avocats de La Défense ont été unanimes après avoir écouté le réquisitoire du procureur.  Premier à plaider en défense, Henri Leclerc s’en est pris au délit de "groupement", créé par la droite en 2009 et s'inscrivant selon lui dans la lignée des diverses "lois scélérates" venues nier la liberté d'expression au fil de l'histoire française. Me Jérémie Assous, qui défend Bryan M. A lui, comme tous les avocats de la défense interrogé le tribunal sur la validité du témoignage du témoin sous X, témoin 142, et policier et qui a permis d’interpeller quatre des prévenus quelques heures après les événements du 18 mai.  


Me Antoine Comte a pointé du doigt le parquet qui "a voulu aller trop vite", qui "a foncé ". "Dans quelle affaire criminelle voit-on en 3 jours tous les auteurs du crime interpellés et mis en examen ?", s’est-il interrogé.  Les méthodes d’investigation ont été également vivement critiquées, avec une procédure basée essentiellement sur des "images floues" de vidéosurveillance. "Sur les seize caméras du parcours seules les images de six ont été exploitées dans ce dossier, je me demande pourquoi", a dit l’avocate de Kara B. Indiquant qu’il n’y avait dans la procédure "aucune image à décharge". 

Date de délibéré inconnue

Des plaidoiries, qui devaient se terminer ce vendredi se finiront finalement mercredi matin. Des avocats ont demandé au président de ne "pas plaider à minuit" car "épuisés" et "face à des peines exorbitantes". Ils reprendront les débats, donc, le 27 à partir de 9 h 30 et jusqu’à 13 heures. 


Le tribunal donnera ensuite la date prévue pour sa décision, qui avait été initialement fixée au vendredi 29 septembre 11 heures. Ce vendredi, après une très longue journée émaillée de quelques incidents, l'audience a été suspendue vers 21h30 et le public évacué relativement dans le calme. Depuis le faux-départ du procès mardi, et les problèmes qui sont survenus, le procès dit de l'attaque de la voiture de police incendiée se déroule en effet, sous haute surveillance, avec des dizaines de gendarmes mobilisés. 

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