Alors, il est comment le prix Goncourt ? Metronews a lu "Boussole" pour vous

Alors, il est comment le prix Goncourt ? Metronews a lu "Boussole" pour vous

TÊTE DE GONDOLE – Le 3 novembre, le prix Goncourt 2015 a été attribué à "Boussole" de Mathias Enard (Actes Sud). Un roman encyclopédique sur le Moyen-Orient qui a inspiré autant d’artistes que d’inconnus, détaillés sur des pages et des pages et des pages... A ne pas mettre, donc, sous n’importe quel sapin de Noël. Explications.

Soyons honnête : quand "Boussole" a commencé à sortir du lot de la rentrée littéraire, on ne s’était pas précipité pour le lire avant les autres. La réputation de Mathias Enard l’avait précédé : ce polyglotte spécialiste de l’Orient, qu’on a comparé à Balzac pour la carrure et l’ambition, avait été remarqué pour ses romans difficiles, limite expérimentaux, "Zone" et "Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants" (Goncourt des Lycéens en 2011, tout de même).

"Boussole" semblait né de la même veine, mais en deux fois plus long. Maintenant que le plus prestigieux des prix littéraires lui a été décerné, il va s’écouler par palettes entières comme cadeau de Noël de dernière minute. Un cadeau qui risque de se retrouver dès le lendemain sur Priceminister s’il se trompe de destinataire.

Voyage intérieur ou thèse universitaire ?

La lecture de "Boussole" exige une concentration et une bonne volonté totales si l’on veut parvenir jusqu’au bout. Il faut pouvoir suivre Franz Ritter, musicologue franco-autrichien, dans le monologue d’une nuit d’insomnie qui va partir dans tous les sens. Ritter est malade, condamné. Il se remémore la belle Sarah, son grand amour à sens unique, universitaire éprise d’Orient comme lui. Tous deux se sont retrouvés à Istanbul, Palmyre, Damas, Téhéran, pour des voyages de recherche qui ne nous épargnent aucun détail.

C’est ce qui étourdit et assomme à la fois : la somme proprement colossale de connaissances déployées sur l’histoire de ces villes, sur les compositeurs, les voyageurs, les archéologues, les inconnus qui les ont traversées avant eux. Assommant car à force de détails, le lecteur n’en retient rien, laissé à l’écart d’une discussion entre élites. On n’est presque jamais dans un roman, mais dans les sous-chapitres d’une thèse universitaire dont le sujet déclaré est : "Des différentes formes de folie en Orient".

EN SAVOIR + >> Le prix Goncourt est attribué à "Boussole", de Matthias Enard

Un Moyen-Orient qui n’existe plus

Soyons honnête : "Boussole" est aussi un livre d’un grand souffle, écrit par un grand esprit, avec un grand appétit. Les pages où Ritter fume de l’opium, passe une nuit chaste près de Sarah dans le désert, écoute un musicien iranien jouer du târ sont magnifiques. Quant aux moments où il évoque la Syrie d’il y a vingt ans, ils donnent encore plus envie d’anéantir Bachar el-Assad pour ce qu’il a fait de son pays.

"Boussole" n’est pas, comme on l’a lu ailleurs, un roman sur les relations entre Orient et Occident, mais la réminiscence d’un Moyen-Orient sublime et raffiné, inspirateur des plus grands artistes, et qui n’est plus qu’un fantasme aujourd’hui, détruit par le fanatisme religieux et les dictateurs. Un fantasme qui perdure dans l’esprit d’un Viennois torturé, et peut-être dans le vôtre, si vous ne vous perdez pas en chemin.

A lire : "Boussole", de Mathias Enard, 480 pages, 21,80 euros.

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