Avec ses nouvelles couleurs, "Tintin au pays des Soviets" est le triomphe de la rentrée littéraire

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SUCCES - La version colorisée de "Tintin au pays des Soviets", sortie le 11 janvier, occupe la première place du Top 20 des meilleures ventes, toutes catégories de livres confondues, selon le baromètre GfK/Livres Hebdo qui paraîtra vendredi 20 janvier.

Pour une "erreur de jeunesse", selon Hergé lui-même, c’est une sacrée réussite. Surtout quand la première parution remonte à 1930. Tintin au pays des Soviets, réédité dans une version colorisée co-éditée par Casterman et Moulinsart, a pris la tête des ventes de livres, reléguant loin derrière les romans de la rentrée littéraire de janvier.


Le premier tirage était de 300 000 exemplaires, auxquels s’ajoute une édition de luxe tirée à 50 000 exemplaires, intitulée Les aventures de Tintin reporter chez les Soviets, qui se place dans une très honorable quinzième position dans la liste des meilleures ventes.

Une nouvelle vie pour un album qui échappe à l'actualité

Tintin au pays des Soviets est la toute première aventure du jeune reporter à la houppette créée par Hergé. L'album, en noir et blanc, était sorti pour la première fois en septembre 1930. Hergé s'était promis de le redessiner mais il n'en a jamais eu le temps. Pendant longtemps, cet album à part dans l'oeuvre du dessinateur belge est resté un peu négligé, souffrant de la comparaison avec les cases très fouillées, précises et colorées des albums suivants.


Pourtant, cet album porte un message politique clair, et stupéfiant pour l’époque. Hergé critique sans détour les mensonges et trahisons du régime soviétique, à travers les élections truquées, les fausses usines que l’on montre à la presse étrangère, ou le vol de blé aux paysans affamés, autant de faits réels. Pour une histoire publiée dans un journal catholique conservateur, il fallait oser. La même audace s’applique d'ailleurs aux personnages : Milou n’a jamais été aussi sarcastique, Tintin aussi bagarreur et effronté. Tous deux se sont singulièrement assagis par la suite… 


Cette audace a payé en son temps : le succès de Tintin au pays des Soviets a été fulgurant, avant d’être frappé d’une sorte d’interdit pour ces mêmes raisons politiques. La version colorisée lui donne une nouvelle vie, un nouveau souffle même si son ton politiquement incorrect n'étonne plus que lorsqu'il est replacé dans son contexte. Reste le plaisir de ses gags à la Charlie Chaplin, qui traverse sans encombres le temps qui passe et l'âge de ses lecteurs. 

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