Caryl Férey,  Arnaldur Indridason, Giancarlo de Cataldo : des auteurs fans de foot à la vie, à la mort

Caryl Férey, Arnaldur Indridason, Giancarlo de Cataldo : des auteurs fans de foot à la vie, à la mort

QUAIS DU POLAR – Quel est le point commun entre l'Islandais Arnaldur Indridason, le Français Caryl Férey et l'Italien Giancarlo de Cataldo ? D'être des auteurs de polars, bien sûr, mais aussi et surtout d'éternels supporters. Le football est une passion qu'ils ont cultivée dans leur jeunesse avant de l'introduire dans leur œuvre, que ce soit comme sujet, élément de décor ou moteur d'écriture. Témoignages.

Ça faisait déjà deux jours qu'ils parlaient de crimes, de cadavres, d'enquêtes bien glauques et cette parenthèse leur a fait du bien. Invités à Quais du Polar, le festival international de littérature policière qui se termine dimanche 3 avril à Lyon, quelques auteurs européens ont été invités à débattre de leur passion pour le foot. Tous attendent l'Euro 2016 (du 10 juin au 10 juillet) avec impatience, parce qu'ils ont un rapport bien particulier avec le roi des sports, qui remonte à l'enfance.

Arnaldur Indridason, la star du polar islandais, est supporter d'Arsenal. Il n'a pas vraiment eu le choix : "Quand j'étais enfant, on n'avait qu'une chaîne nationale qui diffusait chaque semaine un match du championnat anglais… avec une semaine de décalage. Tous les fans connaissaient déjà le score et les actions mais faisaient comme si c'était du direct. Le commentateur sportif aussi !" C'est ainsi que les Islandais sont devenus supporters de Liverpool, de Chelsea, "mais aussi de plus petites équipes comme West Ham ou Aston Villa. Pour moi, ça a été Arsenal, et ça ne changera jamais."

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Giancarlo de Cataldo, l'auteur de Romanzo Criminale, a grandi avec les Azzurri : "Quand j'avais 14 ans, mon père m'a emmené voir mon premier match, Allemagne-Italie. C'était un rite de passage puisqu'il m'avait dit qu'à chaque but, on boirait un petit verre. Et il y a eu sept buts ! Ma mère était furieuse, mais ça reste l'un de mes meilleurs souvenirs, car ce jour-là j'ai embrassé une fille pour la première fois…" Cataldo se déclare supporter de l'AS Roma, et surprend en déclarant aimer "une équipe qui perd ; le football, c'est aussi assumer le charme de la défaite."

Quand le Normand Caryl Férey se lance, c'est du stand up : "J'ai suivi mon frère et j'ai joué en poussins, autant dire qu'on était petits, on ne dépassait pas l'herbe", raconte-t-il à toute allure. "Platini et Rep, mes héros, portaient leur maillot par-dessus le short alors j'ai fait comme eux, c'était quand même important, le look. En 1976, j'ai vu Saint-Etienne jouer contre Munich. Les Verts, c'était popu, c'était l'usine, c'était nous. Et de l'autre côté il y avait ces Teutons, ce type qui s'appelait Gert Müller… J'ai vécu ma première expérience de l'injustice, quand on a perdu à cause d'une balle qui a ricoché contre un poteau carré. Et ça a été la première fois que j'ai prié Dieu, quand Rocheteau est entré sur le terrain, mais ma prière n'a servi à rien."

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Aujourd'hui, tous trois déplorent la "petite république richissime et fasciste" qu'est devenu le foot mondial, selon les mots de Cataldo. Indridason, à 50 ans passés, joue toujours deux fois par semaine avec ses amis, "et c'est toujours aussi monstrueux de perdre". Quant à Caryl Férey, il allume la "belle bande d'abrutis" que sont Benzema, Aurier et compagnie, mais garde dans son cœur la magie de Saint-Etienne, qui lui a inspiré un roman, Raclée de verts. Cataldo conclut joliment : "si on le prend comme un jeu, le football est merveilleux. C'est quand il se pare de connotations politiques et économiques qu'il devient détestable. Alors continuons à jouer, même mal."

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