Faut-il lire "Ahlam" de Marc Trévidic ? Metronews rend son verdict

Faut-il lire "Ahlam" de Marc Trévidic ? Metronews rend son verdict

DÉCOUVERTE - L'ancien juge d'instruction du pôle antiterroriste de Paris, Marc Trévidic vient de sortir son premier roman "Ahlam", l'histoire d'un peintre français parti chercher l'inspiration en Tunisie, où il va se retrouver confronté à la montée du salafisme. Faut-il intenter un procès à Marc Trévidic pour outrage à la littérature ou l'auteur a-t-il réussi son nouveau pari ? Metronews rend son verdict.

Une aventure dépaysante
Ahlam s'ouvre sur l'arrivée le 2 janvier 2000 d'un célèbre peintre français Paul Arezzo sur les îles tunisiennes de Kerkennah. Parti chercher l'inspiration, l'artiste va trouver sur place bien d'autres choses. Il y fait très vite la connaissance de Farhat, un modeste pêcheur qui lui ouvre les portes de sa maison. Paul entreprend alors d'enseigner son art aux deux jeunes enfants de la famille, la peinture pour le garçon Issam, le piano pour la fille Ahlam. Mais si ses élèves font preuve d'un immense talent, les plans de Paul ne vont pas vraiment se dérouler comme il l'avait imaginé.

Des divagations artistiques
Marc Trévidic a choisi de faire de Paul un peintre en pleine recherche artistique. Sur des pages et des pages, l'auteur raconte ainsi les tentatives de son personnage pour mettre au point un système qui permettrait d'unir dans un même élan la peinture à la musique. Et pour réaliser des tableaux poèmes musicaux, ''Paul choisit pour chaque rime vocalique sept rimes consonantiques auxquelles il attribua des teintes voisines des couleurs de base''. S'ensuit une litanie de terminaisons et de couleurs. A dire vrai, on se serait bien contenté de celles de l'arc-en-ciel.

Une description éclairante du salafisme
Quand il aborde la question du salafisme, Marc Trévidic, ex-juge antiterroriste, sait de quoi il parle et ça se sent. Les parties du roman consacrées à l'islamisme sont de loin les plus intéressantes. Loin de nous asséner un cours magistral, le romancier nous éclaire sur les modes de pensée des fondamentalistes, qui considèrent la peinture comme haram et clament que la musique transforme en singe ou en porc celui qui l'écoute, quand bien même il s'agirait d'un bébé s'endormant grâce à la berceuse de sa mère. Ce récit, qui court sur une dizaine d'années, nous permet également de comprendre la montée de l'islamisme en Tunisie, porte de sortie pour des jeunes condamnés à ne ramasser que les miettes laissées par le régime Ben Ali.

Verdict
Cette première expérience de Marc Trévidic dans le domaine de la fiction se révèle au final plutôt réussie. Si l'aventure artistique de Paul peut sembler un peu farfelue, l'ensemble de l'histoire se tient et sonne très juste notamment quand l'auteur décrit le processus de radicalisation de certains personnages. Alors que le rythme devient trépidant dans le dernier tiers du livre, on se surprend à tourner les pages de plus en plus vite jusqu'à la superbe scène finale.

Ahlman, de Marc Trévidic, éditions JC Latès, 320 pages, 19 euros.

A LIRE AUSSI
>> '2084', quand la dictature islamiste dominera le monde

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques