"J’ai été Johnny Thunders" : chronique d'un polar électrique

"J’ai été Johnny Thunders" : chronique d'un polar électrique

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "J’ai été Johnny Thunders", de Carlos Zanón (Éditions Asphalte)

► Ça parle de quoi ?
Il s’appelle Francis, mais on le surnomme encore parfois Mr. Frankie. Un gamin d’un quartier ouvrier de Barcelone qui, dans les années 80, a touché du doigt son rêve, celui de vivre de la musique, du rock plus précisément. Il a monté des groupes, enregistré des disques, joué devant des milliers de personnes. Mais il a aussi vendu tout son matériel pour s’acheter ses doses d’héroïne. Une descente aux enfers dont il a, par miracle, réchappé. À presque cinquante ans, il revient sur les lieux de son enfance et s’installe chez son père. Dur retour. En vingt ans, les choses ont bien changé… Malgré toute sa volonté, Francis va rencontrer bien des difficultés et des obstacles sur la route de sa rédemption. Et de la violence. Et des cadavres. Et des coups fourrés. Comme si la vie l’empêchait de s’en sortir. Une attaque à l’acide sur sa demi-soeur par un ex jaloux, un braquage qui tourne mal, un juge qui demande des garanties pour qu’il voit ses enfants. Et des souvenirs. Plein. Et de la musique. Encore et toujours.

► Qui est l'auteur ?
Carlos Zanón aura 50 ans cette année, comme son personnage principal. Tout comme lui, cet avocat de formation a traîné ses guêtres dans le milieu de la musique, en tant que membre du groupe Alicia Golpea et en tant que parolier pour d’autres artistes, notamment l’un des groupes phares de la scène rock espagnole des années 90, Loquillo y los Trogloditas. Zanón s’est aussi fait connaître en tant que poète, publiant plusieurs recueils de poésies, tous très remarqués. Puis, c’est l’incursion dans la littérature. La noire, la bien dure, même s’il continue de se défendre de faire du polar. "J’écris des romans, je raconte des histoires, je ne sais pas si c’est du polar", dit-il. En trois livres, il s’est pourtant fait une place de choix dans le monde des lettres policières. En 2015, c’est la consécration. J’ai été Johnny Thunders reçoit le Prix Dashiell Hammett, le Goncourt hispanique pour le polar. Son précédent roman, N’appelle pas à la maison, paraît simultanément au Livre de Poche.

► Pourquoi on aime ?
Carlos Zanón est un styliste. Et un joueur de mots. Il nous propose ici le roman des loosers, celui des perdants, celui de Barcelone aussi, la vraie, pas celle des cartes postales. Un texte très noir, violent parfois, qui plonge le lecteur dans les tréfonds de l’âme humaine et dans les bas-fonds d’une ville qui, malgré sa bonne réputation, peut s’avérer un véritable piège pour les plus faibles. J’ai été Johnny Thunders est un roman sombre et poétique à la fois. Un roman urbain, le grand roman de ceux que la vie n’a pas beaucoup, voire pas du tout, favorisés. Le roman de ceux qui ne vivent pas, mais qui tentent de survivre. Et il fait définitivement rentrer Carlos Zanón dans la cour des grands, en digne héritier de Montalbán ou de Ledesma, ses compatriotes, et, osons le dire, de Jim Thompson.

J’ai été Johnny Thunders, de Carlos Zanón, trad. Olivier Hamilton Éditions Asphalte, 336 pages, 22 €

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