"L’Opossum Rose" : ce thriller argentin machiavélique ne va pas vous lâcher de la nuit

"L’Opossum Rose" : ce thriller argentin machiavélique ne va pas vous lâcher de la nuit

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "L’Opossum Rose", de l’auteur argentin Federico Axat (Calmann-Levy).

L’Argentine est la patrie de la psychanalyse. Il y a même un quartier baptisé Freud à Buenos Aires, tant il y a de cabinets de consultation au mètre carré. Pas sûr, par contre, que l’on trouve des opossums au pays de Messi et de Gardel. Pourtant, Federico Axat a réussi le pari fou de faire de ce petit rongeur peu connu un héros de roman noir. Ou presque. Cette espèce rose existe-t-elle vraiment ou n’apparaît-elle que dans la tête de l’autre personnage principal de ce livre ? Vous le saurez en vous plongeant dans L’Opossum rose, paru aux éditions Calmann-Lévy, un texte original, sombre d’un auteur passé maître dans la manipulation.

C’est qui ?

Peu connu en France, Federico Axat est né à Buenos Aires le 19 juin 1975. L’Argentin a déjà publié quatre romans, dont La Transformation des papillons (paru en France aux éditions Terra Nova). Ingénieur de formation, c’est vers l’écriture qu’il se tourne, gagnant rapidement l’estime de tout le milieu littéraire hispanique. Il est devenu l’un des écrivains contemporains majeurs de son pays, intégrant le cercle restreint des auteurs qui comptent sur le continent latino-américain. Ce dernier roman, au titre un peu bizarre pour la version française (en version originale, il s’intitule La dernière sortie…), a déjà connu 33 traductions et les droits d’adaptation cinéma ont été achetés par un gros studio de Hollywood.

Ça parle de quoi ?

Ted McKay va se suicider. Il a préparé minutieusement son geste, a éloigné sa femme et ses filles de la maison, rédigé son testament. Il est sur le point de se tirer une balle dans la tête quand on sonne à la porte. Un inconnu qui insiste lourdement, l’empêchant de commettre l’irréparable. Au moment d’aller lui ouvrir, Ted découvre un papier sur son bureau, écrit par lui : "ouvre, c’est ta dernière chance". Problème, il ne se rappelle pas l’avoir rédigé… C’est Justin Lynch qui se trouve derrière la porte. Il lui propose un bien curieux marché, qui consiste à maquiller son suicide en meurtre, histoire d’épargner sa famille. Pour ce faire, il y a une seule condition à remplir… Voilà pour la première partie de ce roman intrigant. Impossible d’en dire plus et de dévoiler autre chose ici. Mais le reste est encore plus surprenant…

Pourquoi on aime ?

Certains ont comparé l’auteur de cet excellent texte à John Irving ou Stephen King. Rien que ça. Avec L’Opossum rose, Axat fait montre d’une habileté quasi machiavélique pour surprendre le lecteur et l’embarquer de fausses pistes en faux-semblants, lui laisser croire tout et son contraire, bref, le manipuler de la première à la dernière page. Son héros, Ted McKay, provoque l’empathie, la sympathie, la pitié, l’agacement, et tous les autres protagonistes de cette histoire sont très bien campés. Les scènes se succèdent sans que l’on sache vraiment jusqu’où ils vont aller. Seul petit regret, l’auteur argentin a situé l’action aux Etats-Unis. Pas vraiment nécessaire. Mais peut-être cela est-il plus vendeur. Quoiqu’il en soit, Axat écrit bien, juste, manie la langue et les dialogues à la perfection, les rebondissements sont à la limite du supportable, il manipule avec talent et nous offre ici un véritable page-turner. Attention, une fois ce livre ouvert, vous ne pourrez plus le refermer sans avoir le fin mot de l’histoire. Nuit blanche en perspective.


>> L’Opossum rose, de Federico Axat. Traduction : Isabelle Gugnon. Editions Calmann-Lévy, 424 pages, 21,90 €

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