"Là où les lumières se perdent" : le coup de maître de David Joy

"Là où les lumières se perdent" : le coup de maître de David Joy

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Là où les lumières se perdent", de David Joy (Éditions Sonatine).

Au nom du père, du fils et de la sainte came. Ainsi pourrait être résumée en quelques mots l’histoire de ce premier roman signé David Joy. Joy. Joie en anglais. Il n’y en a pas, ou si peu, dans Là où les lumières se perdent (éditions Sonatine). Bienvenue dans les Apalaches. Bienvenue dans le monde des McNeely. Le papa, Charly, baron de la drogue local. Le fiston, Jacob, appelé à lui succéder. Au milieu, Maggie, son amour éternel. Et sa mère, défoncée jusqu’à la moelle, mais c’est sa mère, alors il l’aime. Entre Charly et Jacob, ce n’est pas franchement la joie. Le petit se pose beaucoup de questions. Sur les affaires de son père, sur son avenir surtout. Sur le bien et le mal en fait. 

C’est qui ?

Né à Charlotte, en Caroline du Nord, en 1983, David Joy fait une entrée remarquée dans le monde du polar avec ce premier roman traduit en France. Ce diplômé en littérature par la Western Carolina University a deux autres livres à son actif. Là où les lumières se perdent a été finaliste du prestigieux Edgar, l’un des prix les plus importants en matière de romans noirs aux Etats-Unis. Il enseigne la littérature aujourd’hui et écrit dans de nombreux magazines et revues. Ses textes ont souvent été remarqués et sur les listes de nombreuses récompenses journalistiques pour leurs qualités stylistiques notamment.

Ça parle de quoi ?

Jacob a dix-huit ans. Il a quitté le collège il y a un an. Il faut dire qu’il n’était pas très assidu. Entre la fumette et le business, il n’avait pas franchement le temps de se poser dans une salle de classe. Ou alors pour dormir. Il faut dire que Jacob est le fils de Charly McNeely. Un nom qui fait peur dans ce coin perdu de Caroline du Nord. Un nom synonyme de drogue, de violences. Le mafieux local, trafiquant de drogue bien connu de la région, espère bien que son rejeton va prendre la relève. Oui mais voilà, le dauphin n’en est pas si sûr lui. Un événement va venir perturber la petite mécanique bien huilée du voyou. Et Jacob va commencer à se poser beaucoup de questions. Trop. Il n’en est pourtant qu’au début de sa formation. Mais ce n’est peut-être pas de cette vie dont il rêve. Lui, il rêve de Maggie, qu’il a toujours aimé. Qu’il a quitté pour qu’elle ne subisse pas les conséquences des activités illégales de sa famille. Une fois sa décision prise, reste une dernière formalité à accomplir : affronter son père…

Pourquoi on aime ?

Pour un premier roman, David Joy frappe fort avec un texte qui n’est pas sans rappeler les meilleurs écrivains américains. Il y a du Donald Ray Pollock dans Là où les lumières se perdent (et c’est un compliment !), mais aussi du Ellory. Joy nous transporte dans ces Apalaches, dans la vie de ce gamin qui va devoir choisir. Choisir entre son père, la came, la vie de malfrat. Et l’amour, Maggie, une vie bien rangée. Une décision qui aura des conséquences. Une tragédie grecque transposée aux Etats-Unis et portée par un style brillant, nerveux, à vif, des personnages admirablement campés, des dialogues parfois déchirants. David Joy nous transporte avec talent sur le chemin de la rédemption (ou pas) de son héros. Il réussit là un coup de maître. 


>> Là où les lumières se perdent, de David Joy, trad. Fabrice Pointeau. Editions Sonatine, 320 pages, 19 €

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